La minutie

Voici une texte James Allen datant de 1909 qui reste toujours d’actualité.

La minutie
La minutie

La minutie consiste à accomplir les petites choses comme s’il s’agissait des plus importantes du monde. Les petits détails de la vie sont de la première importance et cette vérité n’est pas généralement comprise. La pensée qu’on puisse négliger, mettre de côté ou peu considérer les détails mineurs sous-tend ce manque de minutie si courant qui entraîne un travail imparfait et des vies malheureuses.

Lorsqu’on comprend que les grandes choses du monde et de la vie consistent en une combinaison de petites choses, et que sans agencement de petites choses, les grandes n’existeraient pas, alors on commence à prêter une attention méticuleuse à tous ces détails considérés auparavant comme insignifiants. On acquiert alors la qualité de minutie et on devient utile et influent. La possession ou la non-possession de cette qualité peut faire toute la différence du monde, entre une vie de paix et de puissance ou de misère et de faiblesse.

Dans mon métier de développeur informatique, j’ai appris à être minutieux pour obtenir de bons résultats par contre dans ma vie psychique, il me semble avoir manqué un peu de minutie, l’ignorance est maintenant comblée.

Chaque employeur a pu apprécier la rareté de cette qualité et sait qu’il est très difficile de trouver des hommes et des femmes qui consacrent pensée et énergie à leur travail, et l’accomplissent jusqu’au bout et de manière satisfaisante. Le travail bâclé abonde. Habileté et l’excellence sont rares. La négligence, le manque de considération et la paresse sont des vices si communs qu’ils ont perdu tout caractère d’anomalie. En dépit des «réformes sociales», le nombre de sans-emploi croît constamment. Le démissionnaire d’aujourd’hui pourrait demain, à une heure de grande nécessité, se mettre en quête d’un gagne-pain, mais en vain.

La loi de la survie des plus forts ne repose pas sur la cruauté, mais sur la justice. Cet aspect de l’équité divine prévaut partout. Le vice est mis en échec sur plusieurs fronts. Sinon, comment la vertu pourrait-elle s’épanouir? Les ouvriers négligents et paresseux avoir préséance et concurrencer, sur un pied d’égalité, les travailleurs attentifs et industrieux. Un ami m’a dit que son père avait donné à ses enfants le conseil suivant :

 Quelle que soit votre occupation future, allouez-y toute votre attention et exécutez-la avec minutie. Vous n’aurez alors jamais à vous inquiéter de votre bien-être. Les travailleurs négligents et irréfléchis sont si nombreux que les services de l’employé minutieux seront recherchés.

Je connais des employeurs qui ont tenté pendant des années, presque toujours en vain, de recruter des travailleurs compétents dans des domaines sans exigences d’habileté exceptionnelle, sauf des qualités de prévoyance, d’énergie et d’attention consciencieuse. Ils ont dû congédier une multitude d’employés en raison de négligence, de paresse, d’incompétence ou de manquements constants au devoir, sans mentionner les autres vices sans rapport avec le travail. Pourtant, la vaste armée des chômeurs continue à protester contre la législation, la société et le ciel.

Il ne faut pas chercher très loin pour trouver la cause de ce manque commun de minutie. On la trouve au cœur de cette soif de plaisir qui engendre non seulement un dégoût du travail régulier, mais qui empêche le rendement supérieur et exécution correcte des tâches assignées. Récemment, j’ai observé un cas parmi tant d’autres : celui d’une pauvre femme, embauchée à une position lucrative et responsable en réponse à sa demande pressante de travail. En poste depuis à peine quelques jours, elle commençait à évoquer le bon temps qu’elle se paierait, maintenant qu’elle avait décroché cette position. On la congédiée, à la fin du mois, la jugeant négligente et incompétente.

De même que deux objets ne peuvent se trouver à la même place en même temps, le mental avide de plaisir ne peut se concentrer sur l’exécution parfaite de sa tâche.

Il y a un temps et une place pour le plaisir. Il ne faut pas laisser l’envie du plaisir s’installer dans le mental pendant ses heures d’office. Les travailleurs continuellement absorbés par des pensées de plaisir ne peuvent que bâcler ou négliger leur travail dès que ce plaisir semble menacé.

La minutie est la complétude et la quête de perfection; autrement dit, l’exécution si impeccable d’une tâche que rien ne laisse à désirer ou, si ce n’est pas mieux effectué que par toute autre personne, on n’a au moins fait pire que le meilleur des autres. La minutie signifie encore l’exercice d’une grande activité cérébrale, le déploiement d’une grande énergie, l’application persistante du mental à la tâche, le développement de la patience, la persévérance et un grand sens du devoir. Un ancien maitre disait : « Si un travail doit être fait, il faut l’accomplir, l’entreprendre vigoureusement ». Un autre disait : « peu importe la tâche qui t’incombe, exécute-là de ton mieux ».

Qui manque de minutie dans ses devoirs du monde affichera la même défiance sur le point spirituel. Son caractère ne s’améliorera pas. Il demeurera faible et peu enthousiaste dans sa religion, l’accomplira rien de bon ni d’utiles. Qui garde un œil sur les plaisirs du monde et l’autre sur la religion, dans l’espoir d’obtenir les avantages des deux conditions, ne sera entier ni dans la recherche de plaisir ni dans la religion, et fera un désastre des deux. Il vaut mieux être une âme totalement mondaine qu’un religieux peu enthousiaste. Mieux vaut consacrer tout son mental à une tâche modeste que la moitié à une plus haute fonction.

Il vaut mieux être minutieux, même dans une mauvaise direction ou à des fins égoïstes, qu’être inefficace ou indécis dans une bonne direction. La minutie conduit plus rapidement au développement du caractère et à l’acquisition de la sagesse. Elle accélère le progrès et le développement. Alors qu’elle conduit l’être mauvais à s’améliorer, la minutie propulse le bon à des niveaux de plus en plus élevés d’utilité et de puissance.