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L’enfant intérieur : retrouver l’enfant en soi

L'enfant intérieur : retrouver l'enfant en soi
L’enfant intérieur : retrouver l’enfant en soi

Se laisser dominer par la colère, être excessivement poli ou obéissant, s’exprimer avec une petite voix enfantine, manipuler ou bouder sont des comportements typiques de l’enfant blessé piloté par l’inconscient.

Une fois constitués, nos fibres profondes deviennent un filtre à travers lequel toute nouvelle expérience doit passer. Cela explique, pourquoi, dans leur vie amoureuse, certaines personnes choisissent continuellement le même genre de relations destructrices ; pourquoi d’autres font de leur existence un enchaînement de traumatismes récurrents; et pourquoi la plupart d’entre nous sommes incapables de tirer une leçon de nos erreurs. Freud nommait ce besoin de répéter certaines expériences passées «la compulsion de répétition».

Réfléchissez à tous vos comportements répétitifs, ce sont les signes de votre mental qui forge votre personnalité, vous vous aimez quand vous êtes ainsi ?

Plus nous comprendrons de quelle manière nous en sommes arrivés à perdre notre créativité et notre émerveillement spontanés, plus nous serons en mesure de trouver des moyens de les recouvrer. Peut-être même pourrons-nous faire quelque chose pour empêcher que, plus tard, nos enfants subissent la même perte.

Comment l’enfant intérieur blessé contaminé votre vie

Comment l’enfant intérieur blessé contamine votre vie. Ce que je saisis maintenant, c’est que lorsque le développement d’un enfant est arrêté, que ses émotions — et plus particulièrement sa colère et son chagrin — sont réprimées, celui-ci arrive à l’âge adulte en portant au-dedans de lui un enfant blessé et en colère. Or, inévitablement, cet enfant contaminera son comportement de grande personne.

A première vue, l’idée qu’un petit enfant puisse continuer de vivre dans un corps d’adulte peut sembler absurde; il n’empêche que c’est exactement cela que je soutiens. Je crois que cet enfant d’autrefois, blessé et négligé, est en grande partie à l’origine de la misère humaine. Tant que nous n’aurons pas apprivoisé cet enfant et résolument pris sa défense, il continuera de se manifester et d’empoisonner notre vie adulte.

Bien que les comportements agressifs prennent racine dans l’enfance, ils ne sont pas toujours le résultat de mauvais traitements. Certains agresseurs ont été « gâtés » par des parents résignés ou trop faibles, ce qui les a conduits à se sentir supérieurs aux autres. Les enfants beaucoup trop dorlotés en arrivent à croire qu’ils ne font jamais rien de mal et qu’ils méritent des traitements de faveur. Persuadés que seuls les autres sont à l’origine de leurs problèmes, ils perdent finalement tout sens des responsabilités.

Nos parents sont là pour nous fixer des limites, Est-ce que vous dépassez les limites ?

Les troubles narcissiques

L’enfant intérieur qui a subi des carences affectives, donc narcissiques, contamine l’adulte par un grand, un insatiable besoin d’amour, d’attention et d’affection. Les exigences de l’enfant insatisfait sabotent inévitablement les relations interpersonnelles de l’adulte, car quelle que soit l’ampleur de l’amour que ce dernier reçoit, il ne lui suffit jamais. L’adulte enfant frustré dans son narcissisme ne peut jamais être satisfait, puisque ses besoins sont ceux d’un enfant. Or, les enfants ont continuellement besoin de leurs parents. Ils sont démunis par nature, non par choix, et leurs besoins sont de l’ordre de la dépendance, dans le sens où leur assouvissement dépend d’autrui. Quand ces besoins restent entiers, l’individu ne peut trouver la guérison qu’en éprouvant la souffrance reliée à ses manques. Tant que cela n’est pas chose faite, l’insatiable enfant cherche voracement l’estime et l’amour qu’il n’a pu obtenir autrefois. Les adultes enfants narcissiquement carences traduisent leurs besoins de différentes manières :

  • Ils passent d’une relation à l’autre et sont toujours déçus.
  • En amour, ils recherchent toujours la personne parfaite qui répondra à tous leurs besoins.
  • Ils sont dépendants. (Les différentes formes d’assuétude, ou de dépendance, dont ils souffrent, ne correspondent qu’à une tentative de combler un vide psychique. Les dépendances au sexe et à l’amour en sont d’excellents exemples.)
  • Ils cherchent le sentiment de leur valeur personnelle dans l’argent et la possession de biens matériels.
  • Ils rêvent de devenir des vedettes (acteurs ou athlètes) parce qu ils ont besoin de l’adulation et de l’admiration constantes de leur public.
  • Ils se servent de leurs propres enfants pour satisfaire leurs besoins narcissiques. (Dans leurs fantasmes, leurs enfants ne les quitteront jamais et se montreront toujours affectueux, attentifs, respectueux et admiratifs à leur égard.) Ils essaient l’obtenir de leurs enfants l’amour et l’admiration qu’ils n’ont pu recevoir de leurs propres parents.

Télé réalité, selfie, Facebook, séries TV … : notre société nous engage à être narcissique et à se comparer pour engendrer de la frustration.

L’acting out et l’acting in

L’énergie émotionnelle que l’on retourne contre soi-même, ce qui correspond à l’acting in, engendre de sérieux problèmes physiques, dont les troubles gastro-intestinaux, les céphalées, les maux de dos, les douleurs au cou, les tensions musculaires graves, l’arthrite, l’asthme, les attaques cardiaques et le cancer. Dans le même ordre d’idées, la « prédisposition » aux accidents ne constitue en fait qu’une autre forme d’acting in; on s’auto punit par le biais d’accidents que l’on provoque inconsciemment.

Les dysfonctions dans les relations d’intimité.

Il n’est pas rare que des adultes enfants oscillent entre la peur d’être abandonnés et la peur d’être engloutis par quelqu’un. Certains s’isolent à demeure parce qu’ils craignent d’être « engloutis » alors que d’autres s’accrochent à une relation amoureuse destructrice, terrorisés qu’ils sont par la perspective de se retrouver seuls. Mais la plupart d’entre nous oscillons entre ces deux extrêmes.

Dès qu’on blesse un enfant en négligeant ses besoins ou en abusant de lui, on viole ses frontières. Cela instaure chez lui la peur d’être abandonné ou d’être englouti. Quand une personne sait qui elle est, elle ne craint pas d’être engloutie. Quand elle a confiance en elle-même et qu’elle a conscience de sa valeur, elle ne redoute pas l’abandon. Mais sans frontières bien établies, elle ne peut savoir où elle finit et où les autres commencent. Elle a du mal à dire non et à savoir ce qu’elle veut, deux attitudes qui s’avèrent cruciales dans le rétablissement d’une relation intime.

De nombreux enfants savent pertinemment que leur sexe a déçu leurs parents : papa voulait un garçon mais il a eu une fille ; maman désirait une fille mais elle a mis un garçon au monde. Ils en conçoivent une honte de leur sexe qui, en retour, peut les conduire plus tard à différents degrés d’acting out prenant la forme d’une soumission sexuelle.

L’enfant a besoin d’être fermement guidé pour maîtriser apprentissages inhérents à chaque stade de son développement. Si à un stade donné il ne peut assouvir les besoins propres à son évolution et à son âge, il reste bloqué à ce stade. Ainsi, les enfants qui, étant nourrissons, n’ont pu obtenir la satisfaction de leurs besoins ne cessent de se raccrocher aux gratifications buccales. Plus tard, cela peut se traduire par une fixation aux relations sexuelles bucco-génitales.

Les enfants dont le développement a été bloqué au cours de leur prime enfance sont souvent fascinés par les fesses. Cette irrésistible attirance pour une partie génitale est appelée l’«objectivation sexuelle » : elle réduit les autres à des objets génitaux.

L’objectivation sexuelle s’avère le fléau des relations d’intimité authentiques, celles-ci exigeant que deux personnes intégrales s’estiment mutuellement en tant qu’individus. Ce fléau touche maints couples Co dépendants que l’on voit s’engager dans une sexualité fortement objectivée et marquée par l’accoutumance, puisque leur enfant intérieur blessé ne connaît que cette façon de parvenir à se sentir proche de quelqu’un.

L’indiscipline

L’enfant intérieur indiscipliné flâne, remet tout au lendemain, refuse de différer ses plaisirs, se rebelle, s’obstine, se montre buté et agit impulsivement, sans réfléchir le moins du monde.

L’enfant ultra discipliné, par contre, est rigide, obsessionnel, contrôlé et obéissant à l’extrême, soucieux de plaire à tout le monde, rongé par la honte et la culpabilité.

Cependant, parmi tous ceux d’entre nous dont l’enfant intérieur est blessé, la plupart oscillent entre le comportement indiscipliné et le comportement ultra discipliné.

J’ai oscillé entre ces deux comportement, le destin et la chance m’ont aidé, désormais, j’en prends conscience.

La dépendance et la compulsion

La dépendance aux activités concerne plus précisément le travail, le magasinage, les jeux d’argent, le sexe et les rituels religieux. Mais en réalité, on peut utiliser n’importe quelle occupation pour modifier ses sentiments. Les activités, quelle que soit leur nature, changent nos sentiments ou nos émotions parce qu’elles nous distraient. La dépendance au savoir constitue une manière fort efficace d’échapper aux sentiments. La pensée fait partie intégrante de tous les types de dépendance, mais dans ces cas, elle prend plutôt la forme d’une «obsession».

Et vous, êtes-vous le roi de l’addiction comme moi ?

Les distorsions de la pensée

Les enfants ont une pensée empreinte d’égocentrisme, laquelle se manifeste par leur façon de tout ramener à leur propre personne. Si papa n’a pas de temps à me consacrer, cela doit vouloir dire que je ne suis pas correct; il doit y avoir quelque chose qui cloche en moi. Les enfants interprètent également ainsi la plupart des mauvais traitements dont ils sont victimes. Un égocentrisme est la condition naturelle de l’enfance, et non un signe d’égoïsme, puisqu’il est lié au fait que, dans leurs jeunes années, les êtres humains ne sont tout simplement pas encore aptes à prendre en considération le point de vue d’autrui.

Oui, La parentification dope l’égo !

Comment votre merveilleux enfant a été blessé

Évidemment, on peut rapidement couper court au bonheur et à l’effervescence d’un enfant. Comme se sent poussé à le faire un parent qui, après avoir été rabroué sèchement durant toute son enfance . chaque fois qu’il s’amusait, est à son tour devenu le rabat-joie de son propre enfant: «Ne ris pas si fort!»; «Arrête ce vacarme tout de suite J » ; « Ne sois pas si turbulent ! » ; « C’est terminé la rigolade ! » figurent alors parmi ses remarques favorites. Je me suis souvent demandé pourquoi il m’était si difficile de rire de bon cœur, de danser ou de chanter. Je pouvais très bien faire tout cela quand je buvais mais, sobre, j’étais raide: mes muscles me semblaient congelés.

L’amour

Quand un enfant n’est pas aimé pour ce qu’il est, son sentiment du «Je suis» disparaît. Parce qu’il est très dépendant, l’égocentrisme s’ancre alors profondément en lui et son moi authentique ne fait jamais vraiment surface.

La blessure spirituelle

L’enfant éprouve le sentiment de son importance lorsqu’il peut voir le reflet de son unicité dans le regard de ses parents ou d’autres protecteurs significatifs pour lui. Par ailleurs, la somme de temps que ces êtres passent avec lui le renseigne également sur son importance, car les enfants savent intuitivement que l’on consacre du temps à ce que l’on aime. De ce fait, les parents remplissent leurs enfants de honte en ne trouvant pas le temps de s’intéresser à eux.

Tout enfant issu d’une famille dysfonctionnelle se verra infliger cette blessure spirituelle – cette perte de son sentiment du «Je suis»

Les sévices

Le système familial a également ses parties constituantes, dont la principale est le couple. Lorsque le lien conjugal souffre d’une fonction en ce qui a trait à l’intimité, le principe d’équilibre et complémentarité du système familial entre en jeu. Pour être équilibrée, la famille a besoin d’un couple sain. Quand l’équilibre est absent, l’énergie dynamique du système pousse les enfants à le créer, Si papa est insatisfait de maman, il se tournera éventuellement vers sa fille pour combler ses besoins affectifs. Une fille peut devenir la Poupée Chérie ou la Petite Princesse de son père, de même qu’un garçon peut devenir le Petite Homme de sa mère, à la place du père, tout comme un garçon peut être l’épouse affective de son père. Dans tous les cas, on assiste à la création d’un lien vertical ou transgénérationnel. Les enfants sont là pour s’occuper du mariage de leurs parents et ils sont utilisés pour soigner le sentiment d’abandon de papa et maman. Souvent, l’un des parents s’est fermé à la sexualité mais ses besoins sexuels demeurent présents. Poussé par eux à cajoler exagérément son enfant, il ne perçoit guère le malaise que ses caresses ou ses baisers «collants» suscitent chez lui. En règle générale, chaque fois qu’un parent accorde a son enfant une plus grande importance qu’à son conjoint, l’abus sexuel affectif existe potentiellement. Il s’agit d’un abus, car le parent utilise l’entant pour satisfaire ses propres besoins. Un tel comportement renverse l’ordre naturel des choses. Les parents se doivent de donner du temps, de l’attention, et une direction à leurs enfants; ils n’ont pas à les utiliser pour combler leurs propres manques. Utiliser, c’est abuser.

Le fait de ne pas donner d’éducation sexuelle à une enfant constitue une autre forme d’abus.

Les sévices émotionnels

Les sévices émotionnels infligent également une blessure spirituelle. Les parents qui qualifient leur enfant de «gros beta», d’« idiot», d’«abruti», de «minus» et ainsi de suite le blessent avec chacun de leurs mots.  se présentent aussi sous la forme de la rigidité, du perfectionnisme et du contrôle. Le perfectionnisme provoque un intense sentiment de honte toxique. Quoi que l’on fasse, on n’est jamais à la hauteur. Toutes les familles enracinées dans la honte utilisent le perfectionnisme, le contrôle et le blâme comme outils de manipulation. Rien de ce que l’on puisse dire, faire, ressentir ou penser n’est correct, nos sentiments sont injustifiés, nos idées folles et nos désirs stupides.

La Honte culturelle

Ayant grandi dans la pauvreté, je me sens encore intimidé lorsque je vais dans un club chic ou dans tout autre endroit select. Même si la plupart du temps je peux présumer que je suis plus à l’aise financièrement que les gens autour de moi, cela ne m’empêche pas d’éprouver le toxique pincement de cœur provoqué par la honte culturelle.

J’ai vécu dans une famille normal, pas très riche, j’ai eu longtemps honte de mes parents et de ma réussite sociale.

La honte toxique

Tous les types de sévices dont j’ai parlé dans le présent chapitre engendrent la honte toxique: le sentiment d’être taré, diminué, jamais à la hauteur. La honte toxique se révèle pire que la culpabilité. Quand on éprouve de la culpabilité, c’est que l’on a fait quelque chose de mal; cependant, il est possible d’agir, de faire quelque chose pour réparer sa faute. La honte toxique, par contre, donne le sentiment que quelque chose cloche en soi-même et que l’on n’y peu rien; on est insuffisant et en dessous de tout. La honte toxique est au cœur de l’enfant blessé.

Un secret capital était celui de l’équilibre. Ce secret révélait que la vie dans sa totalité est un mariage d’opposés. Il n’a pas de vie sans la mort physique; pas de joie sans la tristesse; pas de plaisir sans la douleur; pas de lumière sans l’obscurité; pas de son sans le silence; pas de bien sans le mal.

Renouez avec votre enfant intérieur blessé

La première et la plus importante étape consiste à aider l’enfant blessé à pleurer ses besoins de dépendance inassouvis au cours de son développement. Car la plupart des contaminations résultent de besoins insatisfaits dans I’enfance qui demeurent en suspens parce qu’on n’a jamais pu en faire son deuil. II faut donc exprimer les émotions qui auraient dû être exprimées à ce moment-là et qui ne l’ont jamais été.

A chaque stade de l’évolution de nos bambins, nos propres problèmes de développement non résolus et nos besoins demeurés inassouvis depuis l’enfance resurgissent, provoquant fréquemment une conduite parentale toxique. Voilà pourquoi les adultes enfants provenant d’une famille dysfonctionnelle et n’ayant pas été guéris psychologiquement éprouvent autant de difficultés à assumer leur rôle de parents avec cohérence et efficacité. Les relations entre les parents et les enfants se corsent habituellement durant l’adolescence et sont d’autant plus délicates qu’au moment où les enfants traversent cette difficile période de I’existence, leurs parents sont eux-mêmes aux prises avec leur « démon de midi ». C’est loin d’être la vie en rose!

Devenus adultes, chaque fois que nous nous trouvons dans la détresse ou que nous subissons un traumatisme quelconque, nous sommes susceptibles de revivre certains stades de notre développement infantile. La mort d’un parent agira certainement comme un catalyseur sur nos anciens problèmes. Le décès d’un ami ou la séparation de l’être aimé nous ramènera le plus souvent en arrière, au cœur de nos besoins existentiels.

J’ai senti beaucoup de détresse quand tout s’est écroulé autour de moi, je me suis senti abattu, c’étaient des signes du destin pour me dire, il est l’heure d’affronter ta souffrance et devenir un homme courageux.

La démarche consistant à nous réapproprier notre enfance est douloureuse, car elle réclame que nous éprouvions la souffrance liée à nos blessures. Par contre, il est réconfortant de savoir que  cela, nous sommes capables de le mener à bon terme. Ce processus s’apparent au deuil ne fait que révéler la souffrance légitime à laquelle nous avons échappé par le biais de nos névroses. Jung a Bailleurs bien exprimé ce dernier point en affirmant: «La névrose est toujours un succédané d’une souffrance légitime. » Le processus d’extériorisation du chagrin, que j’appelle « l’expression de la première souffrance », exige que nous éprouvions ce que nous n’avons pu éprouver en perdant nos parents, notre enfance et, par-dessus tout, notre conscience du «Je suis». La blessure spirituelle peut être guérie, mais la guérison doit inévitablement passer par le chagrin, ce qui est douloureux bien sûr.

L’expression de la première souffrance

Nous avons pour spécialité le traitement de la codépendance, laquelle s’enracine dans la honte toxique, ce sentiment intérieurisé d’être taré et insuffisant en tant qu’humain. Dans le processus d’intériorisation, la honte, qui pourrait n’être qu’un juste rappel de nos limites, devient un mode d’existence permanent et accablant, une identité en quelque sorte. Lorsqu’une personne est intoxiquée par ce genre de honte, elle perd contact avec son moi authentique. Il s’ensuit une forme de deuil chronique en rapport avec le moi perdu. En médecine, cet état est décrit sous le nom de «dysthymie» ou de «dépression chronique». La honte toxique s’installe en émotion maîtresse, s’infiltrant dans tous nos sentiments: nous ne pouvons éprouver de la colère, de l’angoisse, de la peur ou même de la joie sans ressentir également de la honte.

Durant une grande partie de ma vie d’adulte, je n’ai pu éprouver le besoin de demander d’être aidé sans ressentir conjointement de la honte. En définitive, quel que soit le contexte, la personne élevée dans la mortification finira toujours par avoir honte d’exprimer sa sexualité.

Lorsqu’une personne se croit incapable d’être elle-même, elle ne peut plus se sentir unifiée, Cependant, par l’exaltation qu’elle ressent en s’adonnant aux abus liés à son accoutumance, elle accède à un certain sentiment de bien-être et d’unité. En outre, puis qu’elle éprouve de la honte chaque fois qu’elle laisse émerger ses sentiments réels, elle s’engourdit pour éviter cette souffrance.

Lorsque la réalité devient intolérable, on recourt à différents mécanismes de défense du moi pour engourdir sa souffrance. Parmi les mécanismes, les plus couramment employés sont: le déni («Cela n’arrive pas vraiment»); le refoulement («Cela n’est jamais arrivé»); la dissociation («Je ne me rappelle pas ce qui est arrivé»); la projection («Cela t’arrive à toi, pas à moi ») ; la compensation («Je mange ou j’ai des relations sexuelles quand je sens que cela va arriver») ; et la minimisation («Cela est arrivé, mais ce n’est rien du tout»). Fondamentalement, nos mécanismes de défense sont des moyens de nous distraire de la souffrance que nous éprouvons.

Je me suis défendu avec ces armes en pensant qu’elles étaient efficaces mais ce n’était pas le cas.

La primauté de nos émotions

Nous avons, pour la plupart, la possibilité de laisser libre cours à notre joie, à notre intérêt ou à notre étonnement, que Tomkins appelle les « émotions positives ». À tout le moins, on nous apprend à les considérer comme de « bonnes émotions». Mais en fait, quand notre peur, notre tristesse et notre colère sont refoulées, notre capacité à éprouver de l’enthousiasme, de l’intérêt et de la curiosité s’en trouve également bloquée. Cela étant précisément ce que nos parents ont vécu, ils sont incapables de nous laisser exprimer ces sentiments. Ainsi, les enfants se font couvrir de honte lorsqu’ils sont exaltés, curieux ou investigateurs.

L’une des règles des familles dysfonctionnelles, l’interdiction d’éprouver, empêche l’enfant intérieur de simplement savoir ce qu’il ressent Dans ces mêmes familles, une autre règle, celle du silence, prohibe l’expression des émotions. Dans certains cas, cela signifie que certaines émotions seulement peuvent être exprimées, car la règle du silence varie d’une famille à l’autre.

Les émotions refoulées

Puisque les émotions constituent une forme d’énergie, elles exigent d’être exprimées. Or, l’enfant issu d’une famille dysfonctionnelle n’a habituellement aucun allié, personne vers qui se tourner pour exprimer ses émotions. Aussi les exprime-t-il par le biais de l’acting out ou de l’acting in, les seules manières qu’il connaisse. Plus le refoulement s’effectue précocement, plus les émotions refoulées s’avéreront destructives. C’est à ces émotions refoulées et inexprimées que je fais allusion quand je parle de la «première souffrance». Une expression de la première souffrance implique donc que l’on éprouve de nouveau ces traumatismes précoces et que l’on exprime les émotions refoulées; une fois ce travail accompli, on n’a plus à passer par l’acting out l’acting in pour tenter de s’en libérer.

Nous pouvons également freiner nos émotions en fantasmant. Par exemple, étant jeune, j’ai passé une grande partie de ma vie aux prises avec une peur quasi phobique de la colère. Dans mon fantasme, en exprimant de la colère, je courais le risque d’être rejeté ou puni de manière catastrophique. Cette peur phobique m’a fait subir une grande tension musculaire.

Reconnaitre qu’on a été maltraité

En ce qui concerne le rôle de parent, une grande partie de ce qu’on vous a appris à considérer comme légitime était abusif en réalité. Si vous avez encore tendance à minimiser et/ou à rationaliser les façons dont vous avez été humilié, ignoré ou utilisé pour combler les besoins de vos parents, vous devez maintenant accepter le fait que cela a vraiment blessé votre âme. Et que vous ayez été victime d’abus flagrants, tant sur le plan affectif que physique ou sexuel, ne vous dispense nullement d’effectuer cette démarche. Mais pourquoi de mauvais traitements aussi évidents nécessitent-ils eux aussi d’être reconnus et tenus pour réels, me demanderez-vous ? Parce que, étrangement, plus vous étiez maltraité, plus vous en déduisiez que vous étiez méchant et plus vous idéalisiez vos parents. C’est la résultante du lien fantasmatique que j’ai décrit précédemment. Tous les enfants idéalisent leurs parents: c’est ainsi qu’ils assurent leur survie. Cependant, lorsque l’enfant maltraité idéalise ses parents, il en est réduit à croire que c’est lui le responsable des mauvais traitements qu’on lui inflige. « Ils me battent parce que je ne suis qu’un petit pourri; ils ont des relations sexuelles avec moi parce que je suis très mauvais ; ils crient après moi parce que je suis désobéissant. C’est moi qui suis en cause, pas eux. Eux, ils sont corrects. » Cette idéalisation des parents est à la base des défenses du moi et on doit la court-circuiter. Vos parents n’étaient pas méchants: ils notaient eux-mêmes que deux gamins blessés.

Être parent: le travail le plus ardu de tous

Être un bon parent est une tâche très difficile. Je crois même que c’est l’œuvre la plus ardue que nous puissions jamais accomplir. Pour être un bon parent, nous devons jouir d’une bonne santé mentale. Nous devons être en mesure de satisfaire nos besoins à l’aide de nos propres ressources, et nous avons besoin que notre conjoint ou une autre personne importante à nos yeux nous appuie tout au long de ce travail de longue haleine. Par-dessus tout, nous devons avoir guéri notre propre enfant intérieur blessé. Car si notre enfant intérieur souffre encore de ses blessures, nous jouerons notre rôle de parent en nous comportant comme si nous étions réduits à ce petit être effrayé, blessé et égoïste qui se cache en nous. Nous nous efforcerons de modeler notre comportement sur celui qu’avaient adopté nos parents, ou bien nous essaierons de faire exactement le contraire de ce qu’ils faisaient. D’une façon ou d’une autre, nous nous appliquerons à être le parent parfait dont rêvait l’enfant blessé er nous. Cependant, cette attitude de pure opposition s’avérera aussi néfaste pour nos propres enfants. Quelqu’un n’a-t-il pas déjà dit que « cent quatre vingt degrés de la maladie, on est encore malade» ?

J’adore être parent, c’est magnifique, je travaille à être le meilleur papa pour mon fils adoré.

Le trouble de la croissance

Ne grandis pas ! Peut-être avez-vous appris à rester un enfant dans le but de pouvoir soigner les blessures narcissiques de vos parents. Si vous étiez un enfant parfaitement obéissant, papa et maman savaient qu’ils pourraient toujours compter sur vous, que vous les prendriez toujours au sérieux. Ils pouvaient se réconforter en pensant que, contrairement à ce qu’avaient fait leurs propres parents, vous, vous ne les quitteriez jamais. En outre, vous alliez être pour eux une source constante de valorisation et d’estime. Ainsi, vous êtes devenu la personne grâce à laquelle ils pouvaient satisfaire leurs besoins narcissiques autrefois sacrifiés.

Apprivoisez le bambin en vous.

La honte normale est simplement une émotion ayant trait aux limites. Elle nous permet d’être humains, d’être imparfaits. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de honte — juste de ce qu’il faut pour savoir que nous ne sommes pas Dieu. « La honte est la gardienne de l’esprit», disait Nietzsche, Quant au doute, il nous empêche de sauter par la fenêtre du deuxième étage et nous amène à édifier les barrières qui assureront notre sécurité.

Je voulais être parfait désormais j’accepte d’être imparfait, je lâche prise, quel soulagement

Mes parents aussi ont été spirituellement malmenés par ces conceptions. Mon père n’avait aucune frontière; il avait foncièrement honte de lui-même, il était humilié jusqu’au cœur. Une personne intoxiquée par la honte croit toujours qu’il n’y a rien de bon en elle. Être foncièrement honteux, c’est n’avoir aucune limite, et cela vous prédispose à développer des problèmes de la dépendance. Aussi, mon père souffrait-il de plusieurs accoutumances et était-il incapable de dire «non».

Plus tard, lorsque je suis devenu assez grand pour me rebeller, j’ai suivi son exemple.

Bien que le stade du bambin ne corresponde pas au moment où votre enfant intérieur a endossé les rôles appris dans son système familial, une tendance à choisir certains rôles s’est dessinée durant cette période. Alors que mon enfant intérieur associait la séparation et la colère à l’abandon, j’ai développé une propension à plaire aux gens et à les protéger.

Retrouver l’enfant d’âge préscolaire en vous

Puisque les adultes enfants ont depuis longtemps relégué aux oubliettes leur moi authentique et perdu leur sentiment du «Je suis», ils sont incapables de donner quelque chose d’eux mêmes à leur partenaire, ils n’ont pas de « moi » à offrir. Quand ils se marient, ils choisissent une personne qui incarne une projection de leurs parents: quelqu’un qui possède à la fois les caractéristiques positives et négatives de leurs parents et qui complète les rôles qu’ils avaient endossés dans leur système familial. Un Héros Protecteur épousera plutôt une Victime, tous deux pouvant ainsi jouer leur rôle. Dans les mariages fondés sur cette possibilité, chacun investit l’autre d’une estime considérable, ce qui apparaît de façon plus évidente lorsque les partenaires en arrivent à la séparation. L’un des conjoints — sinon les deux — peut alors devenir suicidaire, affirmant qu’il ne peut vivre sans l’autre. Souvent, l’adulte enfant qui craint d’être « englouti » épousera un adulte enfant qui craint d’être abandonné. Tandis que celui hanté par la peur d’être abandonné cherchera à se rapprocher, celui hanté par la peur d’être englouti cherchera à se dérober. Après une période de séparation, le partenaire qui redoute d’être englouti se sentira assez seul pour laisser l’autre s’approcher pendant un certain temps. Le partenaire qui redoute d’être abandonné, se rappelant la séparation passée, deviendra vite possessif et engloutira l’autre, le faisant fuir de nouveau. Cette dynamique du balancier se perpétuera tout au long du mariage, les deux partenaires se provoquant mutuellement à réagir.

Quand les enfants comblent un vide dans l’existence de leurs parents, ce lien vertical malsain, ou alliance transgénérarionnelle, a des effets particulièrement dévastateurs sur l’identité sexuelle des enfants. Le lien vertical est très différent du lien entre le père et le fils ou entre la mère et la fille dont j’ai parlé précédemment. Le lien vertical crée une confusion des rôles : le fils ou la fille occupent indûment dans le système familial la place de leur parent du sexe opposé.

D’une manière semblable et à différents degrés, dans toutes les familles dysfonctionnelles, le sentiment du «Je suis» des enfants est bafoué. La dysfonction peut s’exprimer par la violence ou prendre la forme d’une dépendance aux substances chimiques ou au travail.

Si nous avons des valeurs, cela  présuppose que nous avons développé une conscience. Vers la fin de la période préscolaire, les enfants n’ont que les rudiments d’un vrai sens moral, une conscience naissante.

Je forge mes valeurs et développe ma conscience, mieux vaut tard que jamais !

Dans une famille dysfonctionnelle, les enfants sont incapables de développer une conscience normale ou une saine culpabilité. Leur manque d’individualité les empêche de sentir qu’ils ont droit à leur propre vie, aussi développent-ils plutôt une culpabilité toxique, laquelle sonne le glas de leur moi psychologique.

Les rôles dans un système familial dysfonctionnel

Demandez-vous quels sentiments vous avez du refouler afin de jouer vos rôles. Un scénario exige que l’on joue certains rôles de certaines manières ; il permet quelques sentiments et en proscrit d’autres. Mes rôles exigeaient de moi que je sois courageux, souriant, et que j’ai l’air heureux; ils m’interdisaient d’être triste, d’avoir peur ou d’être en colère. Si je n’accomplissais pas des performances, je me sentais dépossédé de mon pouvoir d’agir. Bien sûr, je suis devenu un «drogué du faire».
Essayez de trouver trois nouveaux comportements que vous pourriez adopter pour mettre fin au rôle de Protecteur. Par exemple, vous pourriez dire non lorsqu’on sollicite votre aide; vous pourriez demander un coup de main à quelqu’un, seulement pour le plaisir; ou vous pourriez choisir l’un de vos problèmes actuels et réclamer l’assistance d’un expert en la matière pour le résoudre. Cela vous aiderait à changer le rôle adapté auquel s’en tient votre enfant blessé et à établir un contact avec votre moi authentique. Il se pourrait que votre vrai moi aime bien aider les autres.

Apprivoisez l’enfant d’âge scolaire en vous

Le système d’évaluation lui-même est très mortifiant et angoissant. Il exerce sur les enfants une pression constante pour qu’ils apprennent leurs leçons par cœur et réussissent. Nettement perfectionniste, il évalue des êtres humains d’une façon blessante pour l’âme. Comme dans tous les systèmes perfectionnistes, vous ne pouvez jamais être à la hauteur. Cette incapacité génère la honte toxique, laquelle vous donne le sentiment d’être déficient. Pourtant, si vous êtes vous-même et qu’il n’y a personne d’autre comme vous, à qui vous compare-t-on ? En réalité, tous les systèmes perfectionnistes nous comparent au produit des projections mentales de quelqu’un d’autre.

Lorsque les enfants échouent à l’école, ils en conçoivent une grande souffrance ; ils se sentent inférieurs et cela les atteint dans leur être de façon permanente.

L’école récompense le conformisme et l’apprentissage par cœur plutôt que la créativité et l’unicité.

Plusieurs d’entre nous qui se sont adaptés en devenant des élèves constamment à la poursuite des «A» n’ont jamais développé un vrai sentiment de compétence. J’ai passé une grande partie de ma vie à tenter de guérir ma blessure chronique en faisant des choses et en les menant à bien. Mais quel que soit le nombre de « A » sonnants que je décrochais, cela ne soulageait pas pour autant ma blessure spirituelle: au fond de moi, mon enfant intérieur blessé se sentait toujours aussi seul et insuffisant.

Aujourd’hui, les aspects les plus créatifs de ma vie relèvent du jeu et de la curiosité. J’ai du plaisir à apprendre et à transmettre. La plus grande partie de ce que je fais actuellement est le résultat d’un apprentissage fortuit, motivé simplement par mon besoin ou mon désir de connaître quelque chose. Cette façon d’apprendre est déterminée par l’enthousiasme et fondée sur l’émerveillement. L’apprentissage fortuit, c’est ce à quoi votre enfant doué se consacre naturellement. Vous avez commencé à apprendre de cette manière lorsque, étant un bambin, vous exploriez le monde avec une grande curiosité. Par la suite, vous avez : été arrêté au passage, comme la plupart d’entre nous l’ont été. On vous a alors obligé à vous conformer et à apprendre des  choses qui vous ennuyaient.

Les rôles dans un système familial dysfonctionnel vous avez pu endosser pendant vos années scolaires. Je vous suggère de prêter une attention particulière aux rôles définis par de quelconques liens transgénérationnels, car ils vous ont privé de modelés sains en matière de rôles sexuels. Les rôles qui se présentent le plus souvent durant cette période sont: le Petit Homme de maman, l’Époux Substitut de maman, la Complice de maman (la Meilleure Amie), la Mère de maman, la Petite Princesse de papa (la Poupée Chérie), l’Epouse Substitut de papa, le Meilleur Copain de papa, le Père de papa. Il faut bien se rendre compte que les rôles d’Époux Substitut et de Parent d’un parent ne se limitent pas aux liens entre sexes opposés. Une fille peut devenir l’époux Substitut de maman; un garçon peut devenir l’Epouse Substitut de papa. Dans tous les cas, c’est l’enfant qui prend soin du parent; on assiste à un renversement de l’ordre naturel des choses.

L’histoire de Maxime est l’histoire typique des fils ayant joué le rôle de l’Epoux Substitut. Ils se tournent fréquemment vers la religion ou la spiritualité et se vouent au célibat. De cette manière, ils restent fidèles à Maman. Il arrive aussi qu’ils soient incapables de s’engager envers une seule femme. Comme ils sont déjà engagés avec leur mère, le fait de s’attacher à une autre femme équivaudrait pour eux à commettre un adultère affectif. On sumomme ces hommes les « Cœurs volants», car ils s’en volent loin de tout engagenient. On parle aussi d’hommes souffrant du complexe de Peter Pan, car ils ne grandissent jamais (ils ne quittent jamais vraiment leur mère).

Une réunification de soi : une nouvelle adolescence

Le sentiment du «Je suis» de votre enfant intérieur devra alors être confirmé de deux manières: par la découverte de votre reflet dans le regard d’une personne importante pour vous, à l’intérieur d’une relation amoureuse (l’intimité), d’une part, et par l’exercice d’une carrière significative à vos yeux qui accroîtra votre conscience d’exister, d’autre part. Car les deux piliers de l’identité adulte, ce sont les deux fameux éléments que Freud considérait comme des signes de maturité: l’amour et le travail.

Comme vous pouvez le constater, personne parmi nous n’avait un moi complètement distinct. Chacun de nous était essentiellement une partie des autres. Quand l’un d’entre nous éprouvait quelque chose, les autres l’éprouvaient aussi, Si maman était triste, tout le monde se sentait triste. Si elle était fâchée, nous ressentions tous sa colère et tentions d’y mettre fin, J’avais très peu d’assises pour bâtir mon identité.

Le témoignage

Le pire qui puisse vous arriver, c’est de ne pas savoir qui vous êtes. Les rôles rigides du système familial scellés durant l’adolescence deviennent l’identité la plus consciente que vous ayez. En fait, vous devenez dépendant de ces rôles; en les jouant, vous vous sentez important. Si vous les laissiez tomber, vous plongeriez dans le profond réservoir de honte toxique qui renferme votre première souffrance, au cœur de la blessure spirituelle.

Le pardon

Le processus de retrouvailles avec votre enfant intérieur blessé est  un processus de pardon. Le pardon nous permet de donner comme auparavant. Il nous guérit du passé et libère notre énergie pour le présent.  Le pardon n’est pas un quelconque processus sentimental ou superficiel. On nous a réellement fait du mal et cela doit être légitimé et reconnu dans toute sa réalité. Quand nous reconnaissons le tort réel que nous avons subi, nous démystifions nos parents. Nous les voyons comme les vrais êtres humains blessés qu’ils sont (ou étaient) en réalité. Nous nous apercevons qu’ils étaient des adultes enfants reproduisant par le biais de l’acting out les contaminations dont ils souffriraient eux  mêmes. Sam Keen a fort bien exprimé cela en ces termes, le principe de la résilience :

Quand je démystifie mon passé et que je reconnais le caractère ambivalent et tragique de toute action humaine, je découvre une nouvelle liberté de nature à changer la signification de ce qui a été. Seul le pardon me permet à la fois d’accepter mon passé et de me libérer de ses mutilations. Le jugement, le pardon et la gratitude opèrent une alchimie qui métamorphose le passé, changeant le mauvais sort en bonne fortune et transformant mon état: je ne suis plus la victime d’événements que je ne pouvais pas contrôler, je participe à mon passé en le réformant sans cesse.

La peine et la douleur doivent être exprimées, car, comme Prit Perls l’a dit: « Rien ne change tant que les choses ne deviennent pas ce qu’elles sont. » C’est seulement en démythifiant nos parents que nous pouvons comprendre le mal réel dont nous avons souffert. Cette compréhension nous permet à notre tour de ressentir ce que cela nous a fait d’être bafoués. Eprouver nos douloureux sentiments refoulés depuis notre enfance, c’est exprimer notre première souffrance. Mais une fois que nous avons établi le contact avec ces sentiments et que nous les avons exprimés, nous sommes libres de progresser. Puisque nous ne traînons plus les problèmes irrésolus du passé,  nous ne contaminons plus le présent. Notre énergie est alors disponible pour renforcer notre vie. Nous pouvons vivre dans le présent et inventer notre avenir.

Le pardon nous permet de quitter nos parents. À l’inverse notre souffrance refoulée donne lieu à un ressentiment qui nous maintient attachés à eux et nous amène à repasser encore et toujours par les mêmes sentiments. Le seul bénéfice que nous retirons de notre enfant blessé réside en ce que nous n’avons jamais à nous séparer de nos parents. Tant que nous dépensons notre énergie à les haïr secrètement, nous restons attachés à eux, et cela nous évite de grandir. Le pardon nous libère de notre ressentiment envers eux et agit de telle sorte que notre enfant doué naturel puisse en finir avec les voix mortifiantes des figures parentales que nous avons intériorisées. Le pardon, c’est une façon de quitter la maison intérieurement.

Si vos parents refusent d’assumer la responsabilité de leur propre enfant intérieur blessé, vous devez, en ce qui vous concerne, vous rappeler que vous êtes par dessous tout responsable de votre propre vie. Vous n’êtes pas venu au monde pour prendre soin de ms parents. Je ne parle pas ici de parents infirmes ou invalides. Je parle de parents qui refusent d’assumer la responsabilité de leur propre blessure intérieure. Chacun de vous doit laisser son adulte établir des frontières avec ses vrais parents. Souvenez-vous : votre enfant intérieur s’en remet à vous maintenant; il s’attend à ce que vous le protégiez.

Donnez de nouvelles permissions à votre enfant intérieur

La relation d’intimité est à ma connaissance, ce qui illustre le mieux combien il est important d’assumer cette responsabilité. Nous pouvons établir des relations intimes parce que nous avons tous un enfant intérieur merveilleux et vulnérable. Deux personnes « en amour » reproduisent la symbiose qui caractérise le premier lien entre la mère et l’enfant. En substance, elles fusionnent l’une avec l’autre. Elles éprouvent un sentiment tout-puissant d’unité et de force. Chacun partage son moi le plus vulnérable et le plus profond avec l’autre.

Cette extrême vulnérabilité conduit les adultes à avoir peur des relations intimes et à détruire en fin de compte toute intimité. Dans une relation amoureuse, la destruction de l’intimité survient quand l’un des partenaires, ou les deux, refuse d’assumer la responsabilité de l’enfant vulnérable qu’il porte en lui.

Examinons ce qui se passe à partir de l’instant où deux adultes enfants tombent amoureux. Leurs enfants intérieurs blessés sont transportés. Chacun voit dans l’autre les qualités et les défauts de ses parents. Chacun croit que, cette fois, les besoins inassouvis de son enfant seront finalement pris en considération. Chacun prête à l’autre une force démesurée et lui accorde une estime excessive. Chaque enfant blessé considère l’autre comme son parent. Peu de temps après le mariage, les deux partenaires commencent à manifester l’un envers l’autre leurs exigences. Celles-ci masquent leurs attentes essentiellement inconscientes qui découlent des désirs ardents et du sentiment de vide qu’éprouve l’enfant intérieur blessé niché en chacun d’eux. La nature a horreur du vide, et un élan vital pousse l’enfant intérieur blessé à finir ce qui n’est pas terminé. Il recherche l’affection parentale qu’il n’a jamais eue, mais qu’il désire toujours aussi vivement obtenir. Emporté par cette quête, l’un des partenaires peut même inciter l’autre à adopter le comportement de l’un de ses parents. À certains moments, il peut dénaturer les actes de son partenaire de manière à accentuer la ressemblance entre celui-ci et son parent réel. À tout prendre, cette perspective n’est pas rose ! Cela équivaut à un mariage entre deux enfants de quatre ans qui tenteraient d’assumer des responsabilités d’adultes.

Protégez son enfant intérieur

Donnez votre temps et votre attention comme je l’ai déjà dit, les enfants savent intuitivemeni que l’on consacre du temps aux choses et aux êtres que l’on aime. Il est d’une importance vitale que vous appreniez à reconnaître les moments où votre enfant intérieur a besoin de votre attention. Personnellement, je m’y applique encore, aussi ne puis-je que vous faire part de ce que j’ai appris jusqu’à présent. Mon enfant intérieur a habituellement besoin de mon attention lorsque :

Je m’ennuie. Il arrive parfois que mon gamin s’ennuie durant mes propres conférences et ateliers. Il s’ennuie dès que Je me lance dans de longues conversations intellectuelles. Il commence à s’agiter et à se tortiller. Il me demande de vérifier maintes et maintes fois où j’en suis rendu dans mon travail afin de savoir combien de temps il lui reste encore à endurer cela.

Je suis effrayé. Mon enfant intérieur était littéralement pro. gramme pour éprouver de la terreur lorsqu’il était petit. A la moindre menace, il fait donc irruption.

Je suis témoin d’une scène affectueuse et chaleureuse entre un père et son fils. Cela ne rate jamais. Mon enfant intérieur ressent encore un lourd chagrin que mon père ne m’ait jamais dit je t’aime.

Je suis fatigué. Je deviens geignard et irritable lorsque je suis fatigué. Je dois faire bien attention et m’occuper de mon enfant intérieur sinon il va se montrer cinglant envers la première personne venue.

Je joue à un jeu basé sur la compétition. Mon enfant intérieur est un mauvais perdant. Il le cache assez bien, mais il déteste perdre.

Je réagis avec excès. les réactions excessives sont des régressions spontanés. Je sais que mon enfant intérieur est présent lorsque j’entends monter le ton de ma voix et qu’il devient de plus en plus défensif.

Je me sens froissé rejeté  : Mon enfant capte le moindre signe de rejet ou de désintérêt. Cependant, je dois faire attention, car il perçoit parfois ce genre de signes là où il n’y en a pas en réalité.

Je me retrouve inopinément dans une situation périlleuse. Cela ne m’arrive pas souvent car, en tant que personne pétrie de honte, j’ai appris à me surveiller constamment. Mais tout changement impromptu dans mes prévisions met mon enfant intérieur dans l’embarras.

J’ai faim. Mon enfant intérieur devient très irritable quand j’ai faim.

Je suis en compagnie de mes meilleurs amis. C’est un moment heureux pour mon enfant intérieur. Il adore être avec mes meilleurs amis. Il se sent joyeux et en sécurité. Il aime plaisanter, rire et avoir du plaisir.

Rétablir le contact avec ses désirs

J’ai littéralement appris à ignorer mes désirs et, au bout d’un certain temps, j’ai tout à fait cessé de désirer quoi que ce soit» Pour mettre fin à ce genre de situation, l’adulte en vous doit aider l’enfant à reconnaître ses propres désirs et le protéger pendant qu’il se risque à obtenir ce qu’il veut. L’une des façons les plus simples d’identifier vos désirs consiste à dresser une liste de vos comportement substituts.

Exercez-vous à libérer votre imagination

Souvent, l’enfant intérieur se sent désespéré. Ce désespoir est dû au fait que, très tôt durant l’enfance, son imagination a été étouffée. Votre enfant intérieur peut avoir été traité de rêveur ou avoir été humilié parce qu’il se laissait emporter par son imagination.

Apprenez à vous aimer en tant qu’homme

Il est important qu’un homme se perçoive comme un homme —. et cela demeure vrai quelle que soit son orientation sexuelle. Je crois que pour en arriver à se sentir un petit homme, notre garçonnet intérieur avait besoin d’être aimé par un homme. Nous sommes si nombreux à avoir perdu notre père, Soit qu’il nous ait abandonnés physiquement ou affectivement. Soit qu’il ait perdu la vie à la guerre, dans un accident ou à la suite d’une maladie. Soit qu’il ait connu une mort psychique, due à une charge de travail déshumanisante. Notre petit garçon intérieur blessé n’a pas eu de père avec qui se lier, il n’a donc jamais rompu le lien avec sa mère, N’ayant pas connu ce lien paternel, il n’a pu découvrir ce qu’était l’amour d’un homme pour un autre homme. Alors comment pourrait-il être capable de s’aimer lui-même en tant qu’homme ? Finalement, tout cela le mènera soit à rechercher des femmes maternelles pour se faire consoler lorsqu’il souffre, soit à continuer d’essayer de consoler des femmes démunies — soit encore à faire un peu des deux. Mais la perte du père est une blessure masculine : elle ne peut pas être guérie par une femme.

Il vous est possible de contrebalancer cette perte en trouvant d’autres hommes avec qui vous pourrez partager votre expérience, et ce dans un tout autre esprit que celui de la camaraderie masculine — faite de compétition et de vantardises rituelles à propos des conquêtes féminines — que la plupart d’entre nous ont connue. Le nouveau partage exige que l’on en finisse avec le scénario culturel masculin; il nous demande d’être vulnérables les uns face aux autres, de partager nos peurs et nos déceptions. Car le fait de partager sa vulnérabilité crée un vrai lien d’amour et d’intimité au sein duquel on peut se sentir accepté et reflété par un homme. Et tandis que l’on intériorise cette estime et cet amour qui nous reflète, on commence à s’aimer soi-même en tant qu’homme.

Apprenez à vous aimer en tant que femme

Pour en arriver à s’aimer elle-même en tant que femme, votre petite fille intérieure avait besoin d’être aimée par une femme. Cela n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle ; cela concerne plutôt votre être profond. On a beaucoup écrit au sujet du manque d’amour maternel dont maintes personnes ont souffert et qui entraîne des effets particuliers chez les filles. Ce manque s’explique principalement par l’incapacité des parents à établir une relation d’intimité entre eux. A cause de cette impuissance, la mère est frustrée et isolée. Elle peut se tourner vers le fils et en faire son Petit Homme, en rejetant sa fille par la même occasion, ou encore jeter son dévolu sur sa fille et l’utiliser pour combler son vide. La fille ne peut être aimée pour elle-même dans une situation aussi enchevêtrée. Ne pouvant voir son image dans le regard de sa mère, elle est incapable de développer une conscience de soi. Elle endosse alors le moi esseulé et pétri de honte de sa mère, laquelle désire ardemment l’amour du mari.

Quand une petite fille n’est pas aimée sainement par sa mère, elle grandit en passant à côté de certains aspects décisifs de son identité sexuelle. C’est pourquoi tant de femmes entretiennent cette croyance magique selon laquelle elles seront convenables en tant que femmes à condition qu’un homme les aime. Que leur relation amoureuse prenne fin, et c’est la panique. Elles s’empressent de nouer une autre relation avec un homme afin de se sentir à la hauteur. Si ce comportement ressemble au vôtre, vous devez permettre à votre enfant intérieur blessé de recevoir l’amour d’une femme. Trouvez deux ou trois femmes qui acceptent volontiers de se montrer vulnérables face à vous. N’essayez pas de jouer le rôle de thérapeute les unes avec les autres ni de régler réciproquement vos problèmes. Soyez là pour vous soutenir mutuellement dans votre recherche d’une actualisation de soi. Les femmes entretiennent tout naturellement des liens fondés sur la vulnérabilité et, trop souvent, ces liens sont faits d’une victimisation commune. Votre petite fille intérieure a besoin de savoir qu’elle peut compter sur vous pour conquérir son indépendance. Elle doit sentir qu’elle peut y arriver avec vous et votre groupe de soutien, qu’elle n’a pas besoin d’un homme pour être heureuse. Il se peut qu’elle désire partager sa vie avec un homme, cela faisant partie d’une pulsion naturelle qui la pousse vers l’amour et l’attachement à un homme.

La regénération

A mesure que vous laisserez votre enfant devenir une partie intégrante de votre vie — en dialoguant avec lui, en l’écoutant, en établissant des frontières pour lui, en lui laissant savoir que vous ne le quitterez jamais —, un nouveau pouvoir et une nouvelle créativité commenceront à émerger en vous-même. Vous allez vous rattacher à la vision toute neuve de votre enfant, laquelle sera enrichie et approfondie par vos années d’expérience en tant qu’adulte. L’enfant qui émergera alors sera votre enfant doué. Tandis que vous progresserez dans votre démarche de soutien, votre enfant doué s’épanouira naturellement et s’acheminera vers l’expansion et la maturation de son être. Un état naturel de l’enfant doué est la créativité. Le fait d’entrer en relation avec votre créativité est plus qu’un retour au foyer : il s’agit d’une découverte de votre essence, de votre moi le plus profond, le plus unique.

La démarche consistant à retrouver votre enfant intérieur blessé est un processus de mise à nu. Par la suite, celle visant à soutenir votre enfant blessé vous amènera non seulement à développer votre force intérieure mais aussi à rentrer en possession du pouvoir spirituel de l’enfant en vous. Grâce à ce pouvoir spirituel fraîchement retrouvé, vous pourrez commencer à vous créer vous-même. C’est cela votre vrai retour au foyer. Ce qui était retenu pourra alors s’épanouir. Dorénavant, vous serez sensible aux signaux et aux désirs ardents de votre moi le plus profond.

Un enfant doué constitue le moi essentiel. Les psychologues transpersonnels font une distinction entre le moi essentiel et le moi adapte. Pour désigner le moi essentiel, ils utilisent souvent le mot âme et pour désigner le moi adapté, le mot ego.

adapté de Retrouver l’enfant en soi – John Bradshaw

L’enfant intérieur blessé

L'enfant intérieur blessé
Mallaury et Hervé KOPYTO

Notre voyage commence en explorant la conscience de notre enfant intérieur. C’est la base de la guérison, de rentrer chez soi. Notre innocence enfantine – notre confiance et notre spontanéité – avec laquelle nous sommes tous nés, a été occultée à cause des traumas que nous entretenons. Maintenant, ce que nous trouvons quand nous entrons dans notre vulnérabilité, c’est un noyau de peur – un monde de peurs profondes, de panique et même de terreur. Nous avons appris depuis tout petit à trouver des moyens pour compenser ces peurs profondes bien installées, afin de survivre, mais cela ne veut pas dire que ces peurs ont disparu. Au contraire, elles se sont installées plus profondément dans notre inconscient.

Notre enfant intérieur blessé a un mental qui a son propre fonctionnement et qui est complètement indépendant de celui de l’adulte qui compense. Il ou elle vit dans son propre monde, un monde basé sur les expériences et les souvenirs de ce passé lointain. Il ou elle est encore intensément vivant et influence très fortement le présent. Dans mon cas, pendant la plus grande partie de ma vie, il s’est manifesté inconsciemment, mais très puissamment. Je suis maintenant plus conscient de ce qu’il ressent, de pourquoi il fait ce qu’il fait, et de comment il fonctionne. Explorons le monde de cet enfant blessé.

Au fond de la conscience de l’enfant blessé se trouve la peur – une peur non reconnue, et pas acceptée. La peur elle-même n’est pas le problème. C’est notre manque de conscience et d’acceptation de cette peur qui crée les difficultés. On sabote notre créativité, notre estime de nous-même, et nos relations, parce que, caché dans notre inconscient, se trouve un enfant qui a perdu sa confiance en lui ou en elle, et dans les autres. Un enfant qui a profondément peur et qui a toujours souffert d’être privé d’amour. Cet enfant réagit à partir de cette peur, de cette privation, de ce manque d’amour, par de nombreux comportements différents, et inconscients. L’agitation, la précipitation avec laquelle la plupart d’entre nous mangeons, parlons, agissons et nous maintenons occupés, sont quelques-unes des attitudes que montre l’enfant paniqué.

Cela m’a demandé beaucoup de travail avant que l’enfant commence à ressentir, et à regarder avec ses propres yeux. J’ai dû affronter des montagnes de dénis et de protections. Quand j’ai finalement réussi, j’ai pu voir pourquoi j’avais caché tout cela derrière tellement de dénis. J’ai découvert un enfant paniqué, portant tellement de peur, que parfois je me demande comment j’y ai survécu.

Comment chacun de nous y survit. Mais je vois que je ne suis pas seul à avoir cette sorte de peur. Notre enfant intérieur blessé ne connaît aucune méditation, et n’a aucune distance par rapport à ses peurs. C’est juste que nous avons recouvert ces peurs par un système de protection inconscient qui a duré toute notre vie. Notre comportement, fait de dépendances, n’est rien d’autre qu’un effort pour tenir à distance la peur terrible que nous gardons à l’intérieur de nous, et ne rien ressentir.

Pendant des années et des années, j’ai masqué mes peurs et ma vulnérabilité par des compensations. J’étais engagé dans une course à la performance, essayant d’être le meilleur dans tout ce que je faisais ! Maintenant je peux voir que l’enfant intérieur paniqué revenait à la surface durant ces moments de stress et de pression.

Il réapparaissait quand je pensais que j’allais être en retard quelque part, quand j’avais peur de faire quelque chose de mal ou quand j’étais sous pression pour essayer de ‘bien’ faire. Naturellement, je pensais toujours que je n’avais rien à voir avec le fait d’être paniqué, que je n’avais aucune idée d’où cette panique pouvait venir, et j’essayais de réprimer mes peurs autant que je le pouvais (avec peu de succès). La peur n’était pas quelque chose dont on tenait compte dans les cercles que je fréquentais.

Qu’est-ce que la peur ?

Je peux voir maintenant que ces sortes de situations étaient juste le sommet de l’iceberg. Notre peur va beaucoup plus profond. Elle est intense. Nous avons des peurs profondes concernant notre survie – gagner assez d’argent, être capable d’être indépendant. Nous avons des peurs concernant un éventuel dysfonctionnement sexuel, être insuffisant, impuissant. Nous avons des peurs profondes d’être mal aimé, des peurs d’être rejeté, indésirable. Nous avons peur qu’on nous manque de respect, d’être injurié, ignoré, ridiculisé. Nous avons peur d’affronter quelqu’un, peur de ne pas savoir qui nous sommes. Nous avons des peurs concernant le fait de ne pas être capable de nous exprimer, d’être insignifiant… À un niveau, plus profond, il y a toujours les peurs du vide et de la mort qui sont probablement à la base de toutes les autres peurs.

Les peurs de notre être, et les peurs de notre enfant intérieur sont différentes. Les peurs de notre être concernent la mort et la dissolution, les peurs de notre enfant intérieur concernent plus notre participation à la vie de tous les jours. Nous travaillons sur les quatre peurs basiques de l’enfant intérieur, toutes ayant leur origine d’une façon ou d’une autre dans le trauma de nos premières années.

Les quatre grosses peurs de l’enfant intérieur blessé :

1. les peurs de pressions, et d’attentes,
2. les peurs de rejet et d’abandon,
3. les peurs de ne pas avoir son espace, d’être incompris ou ignoré,
4. les peurs de maltraitance physique ou énergétique, ou de violation.

J’ai découvert que lorsque j’explore la peur cachée derrière ma capacité d’ouverture et de confiance, j’en trouve toujours une de ces quatre.

Elles se manifestent dans tous les domaines de notre vie, notre sexualité, notre créativité, notre affirmation de soi, notre capacité à ressentir, et dans notre façon d’être en relation avec les partenaires amoureux, avec les amis, les relations diverses et les personnes détenant l’autorité. Mais au lieu de s’y arrêter et de les ressentir, nous avons l’habitude de nous en éloigner par tous les moyens. À bien des égards, beaucoup de façons de vivre des Occidentaux ne sont qu’une énorme compensation contre l’éventualité de ressentir cette peur. Nous évitons de nous occuper de la mort en nous entourant de tellement de sécurités et de luxe, que l’on n’a pas à ressentir notre vulnérabilité face à l’imprévu.

C’est dans notre culture, cela nous est transmis par nos parents, nos professeurs, nos leaders religieux, nos politiciens, toute personne que l’on admire.

Si on avait été élevé dans une atmosphère de grande confiance dans la vie, il est très probable que l’on n’aurait pas un tel enfant paniqué à l’intérieur de nous.

Je peux imaginer que si j’avais été élevé dans un environnement profondément spirituel et harmonieux où tout mon conditionnement aurait été nourri par une profonde connexion à l’existence et à la terre, j’aurais appris à ne pas avoir autant de peurs. Mais ce n’est pas ce que j’ai eu, et dans ce domaine, pas ce que la plupart d’entre nous ont connu.

Si nous voulons guérir, nous devons affronter nos peurs – toutes. Et la meilleure chose à faire est de commencer avec les peurs de l’enfant blessé.

Nos peurs sont cachées par le déni.

Pour affronter nos peurs nous devons les reconnaître ; nous devons admettre qu’elles sont bien là et regarder d’où elles viennent. Dans notre conditionnement il n’y a aucune place pour la peur – on nous a enseigné de cacher nos peurs. Notre culture ne nous encourage pas à être honnête en ce qui concerne nos peurs, pas plus qu’elle ne réalise combien la peur nous a été inculquée. De toute façon comment pourrait-on exprimer ce avec quoi on n’est même pas en contact ? On l’élimine par des mesures de protection, le déni et l’inconscience, cachant notre vulnérabilité sous un masque, car c’est ce dont on a besoin pour survivre. D’une façon ou d’une autre, on s’arrange, en prétendant que tout va bien. On apprend à se débrouiller. On reste hypnotisé par notre ‘débrouillardise’ sur ce sujet, sans reconnaître combien de peur on cache à l’intérieur de nous. Tant que nous sommes dans cette hypnose, on se trompe soi-même en croyant que c’est moins douloureux de nier la peur que de lui permettre de faire surface.

Notre peur nous entraîne dans de plus en plus d’isolement, et habituellement on ne le sait même pas. On s’isole parce que l’enfant intérieur vit dans la peur. Puisque nous sommes si souvent déconnectés de cet enfant effrayé, nous nous réfugions dans un mode de survie, où il y a peu ou pas du tout de relation intime.

Ce sont seulement ceux qui ont commencé à explorer leurs ressentis, et à faire un travail intérieur, qui découvrent qu’ils ont des peurs plus profondes bien cachées, à l’intérieur d’eux. En général, ce ne fut pas avant qu’on se sépare d’une personne que l’on a pu commencer à se connecter avec l’immensité de nos peurs intérieures.

Notre peur et notre vulnérabilité se tiennent juste sous la surface de notre mental conscient, toujours prêtes à se réveiller. Elles peuvent faire surface lorsqu’on s’autorise à devenir proche de quelqu’un, quand on doit prendre un risque, faire preuve de créativité, ou quand on prend le risque de s’exposer personnellement. Elles se montrent quand on fait quelque chose qui nous sort de la routine habituelle, qui nous sort de ce qui est sans danger, du connu. L’intimité est peut-être la plus fréquente occasion que nous avons d’affronter notre enfant paniqué et c’est pourquoi nous l’évitons.

Si nous vivons dans un cocon protecteur, ne libérant jamais notre énergie, ne prenant jamais de risques en terrain inconnu, inexploré, nous n’aurons jamais à affronter la terrible peur qui se tient cachée en nous. Mais alors nous sombrerons dans l’ennui, la frustration et la dépression. Cela demande une certaine clarté et de s’engager, pour sortir du déni, pour arrêter les addictions et ré-expérimenter cet espace.

D’où viennent les peurs ?

Quelques soient les traumatismes émotionnels, physiques, sexuels dont nous avons soufferts après cela, ils ne font que s’ajouter au trauma originel de la naissance. La carence affective et les mauvais traitements que nous expérimentons pendant notre enfance – le manque d’approbation, d’attention, d’amour, de respect et de soins, dont nous avons fait l’expérience d’une façon ou d’une autre – est clairement une autre source majeure de notre panique. Maintenant notre enfant intérieur s’attend toujours – en fait redoute – encore davantage de mauvais traitements, et d’abandons.

Nous avons un profond besoin d’être reconnu et que notre survie soit garantie, mais ces besoins n’ont pas été satisfaits et nous avons perdu confiance. Notre besoin d’amour, de protection, d’acceptation, de reconnaissance et d’approbation – qu’on nous donne des références et des directions – et les besoins de tendresse et d’amour inconditionnel, n’ont pas été satisfaits. Notre enfant intérieur blessé a eu peur de ne pas recevoir ce dont il avait absolument besoin. Les chocs subis par notre innocence et notre confiance se sont produits tellement tôt qu’il y a une peur basique que nous n’y survivions pas.

Malheureusement, en tant qu’enfant, on n’était pas en position de conclure : « Bien, je peux voir que maman et papa ont un réel problème dans ce domaine. Ils ne peuvent même pas s’entendre entre eux, et ils ne semblent pas être très intéressés par moi. Et d’abord ils n’auraient pas dû m’avoir. C’est évident que je n’obtiendrai pas ce dont j’ai besoin, ici, aussi je pense que ce que je devrais faire c’est tirer ma révérence et trouver une situation meilleure. » Plus que probablement, n’importe où ailleurs, ç’aurait été pareil ou pire !

Avec la base de carence affective que la plupart d’entre nous avons, entrer dans notre vulnérabilité maintenant peut entraîner une grande confusion, de la panique, de la peur, du jugement contre soi, un effondrement, et parfois une terreur totale. Pourquoi ? Parce que notre vulnérabilité et notre innocence ont été trahies.

Maintenant que j’ai acquis plus de compréhension au sujet de mon extrême vulnérabilité, qui a toujours été enfouie sous des tas d’efforts, je peux apprécier de mieux en mieux les raisons de ma panique. Je peux voir que la peur de l’échec, de la désapprobation, de ne pas remplir les attentes placées en moi par ma famille et ma culture, faisaient remonter de profondes peurs d’être abandonné ; et pour mon enfant intérieur de telles peurs ont dû être dévastatrices. La partie de moi la plus consciente ne s’investit plus dans la recherche permanente du succès qui fait partie de mon conditionnement et reconnaît que lorsqu’un partenaire me quitte ou menace de le faire, je peux rester serein. Mais mon enfant intérieur ne sait rien de tout cela. Il démarre toujours au quart de tour et est très impatient.

Et bien au-delà de toutes ces raisons psychologiques de notre panique se trouve la raison la plus simple et la plus puissante de toutes – la réalisation que nous allons mourir.
On est toujours face à l’insécurité, l’incertitude, et finalement à la mort qui est entre les mains de forces qui sont bien au-delà de ce que l’on peut contrôler. Peu importe le montant de nos assurances et nos systèmes de protection, rien ne peut nous protéger de cette peur. Et en profondeur, nous le savons. Sans une base d’acceptation et de méditation, tout ce que nous avons c’est de la peur, recouverte par des compensations. Du point de vue de l’enfant, vulnérabilité égale panique – la panique d’être abandonné et d’être détruit. C’est seulement le méditant intérieur qui est assez vaste et assez confiant pour tenir le coup face à la vulnérabilité, à l’insécurité et à l’imprévisibilité, parce que la méditation apporte de la compréhension et de la distance. Notre enfant, à l’intérieur, n’a pas ces qualités. On doit apporter ces qualités pour guérir l’enfant paniqué. On peut alors transformer cette vulnérabilité : de la panique aller vers l’acceptation. Mais d’abord, on doit commencer par reconnaître cette partie profondément anxieuse qui vit à l’intérieur de nous.

Le premier pas consiste à accepter la peur

La première guérison essentielle de notre co-dépendance et de notre enfant blessé vient quand nous pouvons reconnaître, accepter et donner de l’espace à cette panique. Habituellement nous ne faisons pas cela. Nous nous enfuyons de notre sentiment de peur :

1. En prétendant qu’il n’existe pas
2. En le repoussant par des compensations
3. En étant une victime, en devenant impatient, en colère contre l’existence ou contre toute personne proche de nous, pour avoir à ressentir cette peur et cette panique
4. En remettant à plus tard
5. En jugeant
6. En régressant inconsciemment et en essayant de trouver quelqu’un d’autre pour prendre soin de notre enfant paniqué.

Cela me demande encore beaucoup de courage pour permettre à ces sentiments de se manifester. Il y a une telle peur que je ne puisse pas y faire face, que je ne sois plus capable de gérer la situation, que je sois jugé faible et impuissant ou que la peur n’ait jamais de fin.

Quand elle arrive, même après tellement de temps consacré au travail sur l’enfant intérieur, mon mental rationnel ne comprend toujours pas pourquoi elle doit encore être là et il voudrait la voir disparaître ! J’ai peur de la ressentir, et peur de la partager. Je la juge encore, et je me condamne d’avoir de tels ressentis. Heureusement mon soi profond sait qu’il y a beaucoup plus à gagner en permettant à ces peurs d’être là, afin que tout ce processus continue à m’emmener dans ma profondeur et m’apporte un silence intérieur plus intense.

Il y a toujours une inquiétude, que si l’on admet l’existence de ces peurs elles nous dépassent et qu’elles dirigent notre vie. C’est pourquoi je m’échappe d’elles. Mais j’ai découvert qu’en entrant en elles, cela me rendait plus fort, et que j’acquérais davantage de respect de moi. Pour leur faire face, nous devons boucher les fuites – les façons que l’on a de s’enfuir. Certaines des plus grosse fuites viennent de nos stratégies et de nos attentes.