Archives de catégorie : Religion

Christ ou Bouddha

Le bouddhisme s’est révélé à moi en une réalité nouvelle. Je compris la vie du Bouddha comme la réalité du Soi qui avait pénétré une vie personnelle et la revendiquait. Pour le Bouddha, le Soi est au-dessus de tous les dieux. Il représente l’essence de l’existence humaine et du monde en général. Il englobe aussi bien l’aspect de l’être en soi que celui selon lequel il est reconnu, et sans lequel il n’est pas de monde. Le Bouddha a certainement vu et compris la dignité cosmogonique de la conscience humaine ; c ‘est pourquoi il voyait nettement que si quelqu’un réussissait à éteindre la lumière de la conscience, le monde s’enfoncerait dans le néant.

Les religions nous enseignent la force de l’esprit, nous avons le choix de croire en notre dieu intérieur.

 Le Christ aussi — comme le Bouddha — est une incarnation du Soi, mais dans un sens tout différent. Tous deux ont dominé en eux le monde : le Bouddha, pourrait-on dire, par une compréhension rationnelle, le Christ en devenant victime selon le destin; dans le christianisme cela est plutôt subi : dans le bouddhisme cela est plutôt contemplé et fait. L’un et l’autre sont justes ; mais dans le sens indien, l’homme plus complet, c’est le Bouddha est une personnalité historique et par conséquent plus compréhensible pour l’homme. Le Christ est à la fois homme historique et Dieu et, par suite, beaucoup plus difficilement accessible ; au fond, il n’était point compréhensible, même pour lui-même ; il savait seulement qu’il devait se sacrifier, ainsi que cela lui avait été imposé du fond de lui-même. Son sacrifice l’avait frappé comme l’eût fait un destin. Le Bouddha a agi mû par la connaissance. Il a vécu sa vie et mourut à un âge avancé. Il est probable que I’activité du Christ en tant que Christ n’a duré
que très peu de temps.


Plus tard il s’est produit dans le bouddhisme la même transformation que dans le christianisme : le Bouddha devint, pour ainsi dire, l’image de la réalisation du Soi, un modèle que l’on imite, alors que lui-même avait proclamé qu’en arrivant à vaincre la chaîne des nidânas, chaque individu peut devenir un illuminé, un bouddha. Il en va de même dans le 
christianisme. Le Christ est le modèle qui vit dans chaque chrétien, expression de sa personnalité totale. Mais révolution historique a conduit à Vimùatio Christi, par laquelle l’individu ne suit pas la route de sa propre destinée vers la totalité mais au contraire tente d’imiter le chemin que le Christ a suivi. De même, en Orient, cela conduisit à une fidèle imitation du Bouddha. Le fait que le Bouddha devint le modèle que l’on imite était en soi un affaiblissement de son idée, exactement comme L’imitatio Christi est une anticipation de l’arrêt fatal de révolution de l’idée chrétienne. Le Bouddha par la vertu de sa compréhension s’élevait même au-dessus des dieux du brahmanisme ; de même le Christ pouvait-il crier aux Juifs : « Vous êtes des dieux ! »(Jean, X, 34) ; mais les hommes furent incapables d’en saisir le sens. Par contre, l’Occident dit « chrétien » marche à pas de géant vers la possibilité de détruire un monde, au lieu d’en construire un nouveau.

Je m’identifie aux écrits de la biographie de Jung