La honte toxique

Hervé KOPYTO
Hervé KOPYTO

La honte toxique s’avère intolérable et exige une dissimulation constante, un faux moi. En effet, à partir du moment où l’on croit que son vrai moi est imparfait et déficient, on a besoin d’adopter un autre moi qui n’a pas ces lacunes. Sitôt que l’on s’identifie à un faux moi, on cesse d’exister psychologiquement. Adopter un moi fictif équivaut à mettre un terme à son existence d’être humain authentique.

Avez-vous développé une belle apparence ?

Alice Miller appelle cette élaboration d’un moi fictif le « meurtre de l’âme ». Avec un faux moi, on essaie de se montrer soit plus qu’humain soit moins qu’humain. La honte toxique constitue la pire forme de violence ordinaire qui soit. Elle détruit, dans tous les sens du terme, la vie humaine. On la retrouve d’ailleurs au cœur de la plupartdes maladies émotionnelles. Dans son ouvrage intitulé
Shame, Gershen Kaufman écrit ceci :

La honte est l’affect qui se trouve à l’origine de plusieurs perturbations complexes : la dépression, l’aliénation, le doute
de soi, l’isolement, la paranoïa et la schizoïdie, les problèmes de compulsion, le clivage du moi, le perfectionnisme, le profond sentiment d’infériorité, d’insuffisance ou d’échec, les prétendus états limites de maladies et les troubles narcissiques.

Richard Bandler avait soutenu que le sentiment d’avoir raison constituait l’un des principaux obstacles à la créativite. Lorsque nous sommes sûrs de quelque chose, avait-il expliqué, nous mettons fin à notre recherche de nouvelles informations. Car avoir raison, c’est être certain, et être certain, c’est cesser d’être curieux. Or, la curiosité et l’émerveillement se révèlent essentiels à tout apprentissage (Platon affirmait même que l’émerveillement est à l’origine de la philosophie). Par conséquent, nous cessons de chercher et d’apprendre sitôt que nous possédons la certitude  absolue d’avoir raison.

La honte saine, la conscience de nos limites fondamentales, nous empêche de nous croire omniscients. Elle nous nourrit car elle nous pousse à rechercher de nouvelles informations et à apprendre de nouvelles choses.

Cette rupture est comme une hémorragie interne. Au cœur
de la honte toxique, il y a la peur de se révéler à soi-même.
La personne pétrie de honte se gardera de dévoiler son moi
profond aux autres, mais, de manière plus significative encore, elle se gardera aussi de se révéler à elle-même.

L’intériorisation : quand la honte envahit toute l’identité

Toute émotion peut être intériorisée et, dans ce cas, perdre sa fonction d’origine pour se transformer en un type de caractère. Nous connaissons probablement tous une « soupe au lait », une « face de carême » ou un «bonnet de nuit ». Ces trois termes dénoncent le fait qu’une émotion (colère ou tristesse) est devenue le fondement de la personnalité, a pris la place de l’identité. Ces trois types de personnes n’éprouvent pas de la colère ou de la mélancolie, elles sont la colère ou la mélancolie.

Tout enfant s’identifie à ses parents. Mais quand ceux-ci sont profondément humiliés, cette identification marque la première étape du processus d’intériorisation de la honte.

À partir du moment où l’on est délaissé, abandonné, on
intériorise un sentiment de honte. Le mot « abandon » évoque précisément la perte du moi authentique et la fin de l’existence psychologique. En ce qui concerne l’enfant, il est incapable de savoir qui il est si ses parents ne le reflètent pas, surtout durant ses premières années de vie. Or l’abandon sous-entend l’absence de cet effet miroir. Les parents qui sont coupés de leurs propres sentiments (ce qui est le cas de tous les parents profondément humiliés) ne peuvent refléter et confirmer les sentiments de leur enfant.
La première période de la vie étant préverbale, tout repose sur des interactions émotionnelles. L’enfant n’a donc aucun moyen de savoir qui il est si personne n’est en mesure de refléter ses sentiments. D’ailleurs, ce besoin de retrouver sa propre image dans le regard d’autrui demeure important tout au long de la vie. Pensons seulement à la frustration que nous pouvons ressentir lorsque nous nous nous adressons à quelqu’un qui ne nous regarde pas, s’agite ou
feuillète son journal. Pour trouver notre identité, nous avons besoin qu’une personne significative nous voie presque aussi bien que nous nous voyons nous-même.

Au bout de quelques années, il suffira de peu de choses – un mot, une expression du visage ou une scène semblables – pour faire remonter à la surface ces collages de souvenirs humiliants. Quelquefois, un stimulus externe ne sera même pas nécessaire ; le simple rappel d’un vieux souvenir pourra déclencher une extrême souffrance. La honte se sera figée et ancrée au cœur de l’identité : elle sera fondement intériorisée.

L’aliénation de soi et l’isolement 

La personne souffrant d’aliénation de soi sent que certaines parties d’elle-même lui sont étrangères. Si dans sa famille on ne lui permettait jamais d’exprimer de la colère,  par exemple, cette émotion est devenue une partie d’elle même qui est aliénée. La honte toxique l’envahit lorsqu’elle se fâche et elle n’a d’autre choix que de désavouer cet aspect de sa personnalité, de s’en dissocier. Il lui est alors impossible de libérer cette énergie émotionnelle que constitue la colère et qui contribue à l’autoconservation et à l’autoprotection. Par conséquent, elle devient semblable à une chiffe molle ou à ces êtres désireux de plaire à tout le monde. Et plus la honte toxique se lie à ses sentiments, à ses besoins et à ses pulsions, plus elle s’aliène des parties d’elle-même.

En fin de compte, une fois qu’elle a complètement intériorisé la honte qui l’habite, cette personne croit qu’il n’y a plus rien de valable en elle. Elle se sent anormale et inférieure, elle se perçoit comme une être râté. Il lui est alors impossible de se révèler aux autres, puisqu’elle n’éprouve que du mépris à son égard. Et du fait qu’elle se méprise de cette manière, elle n’habite plus du tout son moi. Sous l’emprise de la honte, elle a le sentiment d’être mise à nu, compromise, diminuée. Étant devenue un objet à ses propres yeux, elle tourne son regard vers l’intérieur, observant et scrutant son comportement dans les moindres détails. Cette insupportable autocritique engendre une conscience de soi tourmentée et, selon Kaufman, produit « un effet paralysant sur le moi ». Elle conduit au repli sur soi, à la passivité et à l’inaction.

Mon papa a eu honte de lui et est devenu fou, ma maman a mis fin à sa folie en se suicidant, j’avais honte d’eux désormais j’en parle ouvertement, j’espère que mon expérience pourra vous servir. Je me souviens en avoir parlé à une personne à qui j’avais donné toute ma confiance … Qu’il a été difficile pour moi de se relever ! Mais j’ai compris et pardonné.

Par ailleurs, l’aliénation de soi crée une impression d’irréalité. On peut éprouver le sentiment envahissant de n’être jamais tout à fait à sa place, d’être dans la position d’un observateur extérieur. Cet état d’isolement et d’aliénation intérieure trouve son prolongement dans une déprime chronique, phénomène attribuable à la tristesse causée par la perte du moi authentique. Le rejet du moi par le moi est probablement l’élément le plus profond et le plus dévastateur de la honte névrotique.

Je ne comprenais pas les personnes qui s’isolaient sans vouloir parler car ce n’était pas dans ma nature, je cherchais donc à communiquer. Désormais, si je n’ai pas de réponse, je n’attends plus, je ne relance plus, je fais ce que j’ai à faire.

La honte et le moi fictif 

Parce que la mise à nu du moi par lui-même est au cœur
de la honte névrotique, on ressent l’impérieux besoin de s’évader hors de son moi et, pour ce faire, on doit se créer un moi fictif. Ce faux moi est toujours soit plus qu’humain soit moins qu’humain : il peut aussi bien s’incarner dans le Perfectionniste que dans le Bon à rien, dans le Héros que dans le Bouc Émissaire de la famille. À mesure que le faux moi prend forme, le moi authentique se cache de plus en plus profondément. Si bien qu’au bout de plusieurs années, on est tellement enlisé dans les défenses et les faux-semblants que l’on n’a plus du tout conscience de ce que l’on est vraiment.

Il faut comprendre que lorsqu’on s’est créé un faux moi, on peut en arriver à jouer aussi bien le rôle du Perfectionniste accompli que celui du Drogué invétéré, deux rôles pourtant diamétralement opposés. Car le Perfectionniste et le Drogué sont tous deux dominés par l’impérieux besoin de dissimuler leur profond sentiment d’un moi en rupture avec lui-même, ce trou dans leur âme. Bien qu’à première vue ils semblent se situer aux antipodes, tous deux agissent sous l’impulsion de la honte névrotique.

La honte et la codépendance 

Malgré la multitude et la diversité des écrits sur le sujet
de la codépendance, tous ceux qui ont étudié la question s’entendent sur un point : la codépendance est liée à la perte de l’individualité. La personne codépendante n’a pas de vie intérieure; le bonheur, croit-elle, n’existe qu’à l’extérieur d’elle-même, tout comme tes sentiments agréables et la confirmation de son moi, qui ne sont jamais intrinsèques. Pour Pia Mellody, la codépendance est « un état de malaise par lequel le moi authentique demeure
inconnu ou caché, de telle sorte que le sentiment de soi
[…], d’être important […], estimé et relié aux autres est
dénaturé, ce qui provoque de la souffrance et fausse les relations interpersonnelles.

La honte en tant que moteur et carburant de l’assuétude 

La honte névrotique est à la fois le moteur et le carburant
de tous les problèmes de compulsion/assuétude, problèmes se manifestant par « une relation pathologique à un produit ou à une conduite permettant la modification de l’humeur et ayant des conséquences néfastes sur la vie humaine »

C’est le moi scindé, la croyance que l’on est médiocre,
qui pousse à l’assuétude sous toutes ses formes, qu’il s’agisse d’une dépendance à l’ingestion ou à certaines activités (travail, dépenses inconsidérées, sports, jeux de hasard, etc.).
Les différents types d’assuétude ne reflètent, au fond,
qu’une tentative désespérée d’établir une relation d’intimite. L’ergomane (le workaholic) avec son travail et l’alcoolique avec la boisson entretiennent en quelque sorte une raison amoureuse avec l’objet de leur accoutumance.
Grâce à cet objet, ils parviennent à modifier leur humeur afin d’échapper à leur sentiment d’isolement et à leur souffrance engendrés par la honte. Cependant, plus ils mettent en actes leur assuétude, plus leur existence se détériore et plus leur honte grandit. Finalement, le surcroît de honte aussi généré vient augmenter le cycle de l’assuétude. 

Au tout début du cycle de l’assuétude, la personne croit
que sa valeur réside à l’extérieur d’elle-même; jamais elle ne la perçoit comme quelque chose d’intrinsèque. La pensée étant capable de faire écran aux émotions, ses idées obsédantes en rapport avec sa relation de dépendance particulière impliquent une première modification de son humeur. L’obsession dure un moment, puis commence la deuxième phase, celle du rituel ou de la mise en actes : la personne s’enivre avec ses copains, dévore en secret dans sa cachette préférée, cherche ardemment un partenaire sexuel ou dépense son argent inconsidérément, par exemple. Dans ces cas-là, le rituel prend fin avec l’ivresse, la satiété, l’orgasme ou le vide du portefeuille. 

Survient ensuite la honte de son propre comportement et
des conséquences nuisibles de ses actes: la gueule de
bois, l’accusation d’infidélité, l’avilissement sexuel, les soucis financiers. C’est la méta-honte, qui consiste en un déplacement de l’affect, une transformation de la honte de soi en honte de la mise en actes et de ses conséquences néfastes. L’identité se retrouve alors encore plus submergée.

La grandiosité : la volonté mutilée 

La honte toxique peut également revêtir l’apparence d’un mode de fonctionnement de type grandiose, qui se présente comme étant un trouble de la volonté. La grandiosité se traduit soit par une auto-enflure narcissique soit par une impuissance associée à un sentiment de médiocrité. À chacun de ces extrêmes, on retrouve le même refus d’être humain, la même exagération : d’un côté le plus
qu’humain, de l’autre le moins qu’humain. Fait à souligner,
le désespéré, celui qui se croit moins qu’humain, est aussi
grandiose que l’autre. 

La grandiosité résulte d’une mutilation progressive de la volonté, mais, à l’origine, c’est la mortification émotionnelle qui est là cause de cette mutilation. En effet, les émotions refoulées et contaminées par la honte empêchent la pleine intégration des facultés intellectuelles. Car lorsqu’un événement quelconque suscite une forte réaction affective, les émotions doivent être libérées afin que l’intellect, la raison et le jugement soient en mesure de donner une signification à cet événement. Autrement dit, les émotions biaisent la pensée. Et à mesure que la honte les enchaîne, l’énergie qu’elles véhiculent reste figée, ce qui empêche la pensée et la volonté d’interagir pleinement. 

La volonté, c’est un appétit, c’est l’intensité du désir
élevé au rang de l’action. C’est une disposition totalement
dépendante de l’intelligence (la raison et le jugement), qui
lui prête son regard. Quand l’intelligence n’intervient pas,
la volonté demeure aveugle et creuse. Sans contenu, elle se met à vouloir par elle-même, tourne à vide. Cette invalidité occasionne de sérieux problèmes :

  • La volonté veut l’impossible.
  • Elle tente de tout contrôler.
  • Elle se croit toute-puissante ou minable (quand l’omnipotence a échoué).
  • Elle veut pour vouloir (impulsivité).
  • Elle ne fonctionne que dans les extrêmes : c’est tout ou
    rien.

La volonté, je l’utilise maintenant pour me changer, devenir un guerrier spirituel, mes armes sont les mots, ils sont encore quelquefois maladroits, mon ton est trop agressif mais je progresse et j’ai encore à progresser pendant les années à venir.

La honte toxique en tant que faillite spirituelle 

Fondamentalement, la honte toxique est un mal de l’âme et c’est pour cette raison qu’elle est assimilé à une « faillite spirituelle ». La spiritualité est l’essence de la vie humaine. Nous ne sommes pas des êtres matériels effectuant un voyage spirituel; nous sommes des êtres spirituels ayant besoin de séjourner sur terre afin de devenir complètement spirituels. 

La spiritualité est une façon de vivre, c’est ce qui rehausse la vie et lui donne sa valeur. Elle a donc quelque chose à voir avec la croissance et l’expansion, la nouveauté et la créativité. Elle concerne l’être, cette victorieuse poussée qui nous fait triompher du néant. 

C’est une révélation pour moi d’avoir trouvé mon chemin vers la spiritualité, je remercie le destin.

Le refoulement

Le refoulement
Le refoulement

Tout événement insupportable provoque en nous des émotions intenses. Les émotions constituent une forme d’énergie en mouvement. Elles nous indiquent une perte, une menace ou un état d’assouvissement. La tristesse concerne la perte de quelque chose que nous aimons. La colère et la peur nous signalent que des menaces présentes ou imminentes risquent de compromettre notre bien-être. La joie nous révèle que nous sommes comblés et satisfaits.

Toutes les fois où l’enfant est humilié par quelque forme d’abandon que ce soit, il éprouve des sentiments de colère ou de tristesse. Étant donné que les parents pétris de honte ont été bafoués dans toutes leurs émotions, ils sont absolument incapables de tolérer les émotions de leur enfant. Par voie de conséquence, ils méprisent ses émotions. Face à ce mépris, c’est au moyen du refoulement que l’enfant s’engourdit, sur le plan émotionnel, de façon à ne plus rien ressentir. Bien que le mécanisme du refoulement ne soit pas encore compris très clairement, on sait qu’il a certainement quelque chose à voir avec la tension musculaire, les changements du rythme respiratoire et les fantasmes d’abandon. Et qu’après le refoulement d’une émotion, on se sent engourdi. A la longue l’évitement émotionnel devient une seconde nature : on est plus du tout conscient de ce que l’on cherchait à éviter au départ et de ce que l’on cherche toujours à éviter.

Il a été difficile pour moi de ressentir tout cela dans ma vie trépidante et toujours connectée; à partir du moment où j’ai dirigé ma vie vers l’intérieur et non vers l’extérieur, j’ai peu enfin agir selon mon ressenti, quel bonheur d’être humain.

L’effacement du vécu subjectif Kaufman établit un lien direct entre le refoulement et le blocage émotionnel causé par la honte. Il émet l’hypothèse que, après avoir été émotionnellement bafoué pendant un certain temps, on procède à un  « effacement expérienciel  » mécanisme équivalant au refoulement. On vit intérieurement ses émotions plutôt que de les exprimer ouvertement, Voici ce que Kaufman écrit à ce propos :

Même l’expérience d’une émotion particulière peut-être réduite au silence, si les séquelles paralysantes de la honte s’étendent à l’enregistrement intérieur et conscient de l’effet inhibiteur de la honte. Au moment où le moi se sent soudainement expose ne serait-ce qu’à lui-même, la connaissance de la teneur de la conscience (et de l’effet déclencheur) peut s’effacer expérienciellement.

Cet effacement du vécu est une défense du moi. Graduellement, avec le temps, on apprend à ne même plus avoir conscience des émotions génératrices de honte. 0n apprend à ne plus rien ressentir. On s’engourdit sur le plan psychique.

J’ai vécu ce phénomène au fur et à mesure des années, je ne ressentais plus de honte, j’étais en train de mourir psychiquement comme mon père. Lorsque vous effectuez une action qui devrait générée de la honte mais que vous n’avez pas honte, interrogez-vous.

 

 

Adultisme

Paulette et Hervé KOPYTO
Paulette et Hervé KOPYTO

Boris Cyrulnik qualifie l’adultisme de « mécanisme de défense » et de « stratégie relationnelle coûteuse ». Il ajoute encore que ça consiste pour l’enfant à « apprendre le déplaisir de vivre par responsabilité précoce ».

Origines

Elles sont en général parentales voire transgénérationnelles. L’enfant sort trop tôt de l’insouciance de l’enfance et apprend dès lors à prendre en charge et à protéger son ou ses parents suite à :

•    une défaillance (maladie, dépression, irresponsabilité) ou
•    une démission parentale (absence, abandon, absence de cadre ou règles changeantes).

Selon Boris Cyrulnik, l’enfant n’a que 3 choix face à des parents qui n’assument pas leur rôle :

•    s’effondrer
•    fuir et investir d’autres personnes au prix d’une culpabilité
•    devenir adultisé pour survivre (forme de résilience), pour éviter d’être abandonné, ignoré

Comportement de l’enfant adultisé

L’enfant apprend très vite à s’assumer (au-delà de son âge) et à prendre en charge l’autre (fratrie, parent). Il se construit sans modèle fiable. Il se sent même responsable des malheurs de l’adulte et peut se sentir coupable de ne pas arriver à le soulager suffisamment.
Il apprend vite la maîtrise, voire l’hyper contrôle de soi. Ainsi, il masque ses sentiments, s’intériorise, cache le problème de la famille aux yeux extérieurs, perd l’accès à son imaginaire et au jeu. La réalité prime sur le plaisir. Souvent hyper-intelligent, l’enfant met l’adulte mal à l’aise. Par ailleurs, l’enfant souffre d’une dévalorisation permanente car son « sacrifice » n’est pas reconnu.

Conséquences à terme chez l’adulte (ancien enfant adultisé)

Les conséquences sont nombreuses et interconnectées :

•    manque de confiance en soi et en les autres avec  évitement des conflits et difficulté à demander de l’aide
•    problématique de place, de rôle (suite à l’inversion des rôles vécue dans l’enfance)
•    quête de reconnaissance : ce qui l’amène souvent à trop donner, à vouloir sauver l’autre, à se conformer socialement (en se dénaturant)
•    problématique liée au plaisir : difficile de s’accorder du temps, du repos, des cadeaux, de satisfaire ses besoins ou envies (souvent méconnus), etc… Ces adultes fonctionnent exclusivement par devoir et sont souvent coupés de leur ressenti.
•    problème d’identité : par identification au parent défaillant (effondrement narcissique) qui propose une image dévalorisante et honteuse
•    dépendance affective qui se manifeste soit par une tendance à la relation fusionnelle et exclusive (rêve d’être pris en charge), soit par la fuite ou l’évitement pour maîtriser la distance relationnelle.
•    pseudo maturité : image sérieuse mais maturité affective figée à l’époque de la prise en charge du parent. De ce fait, a plutôt tendance a être à l’aise avec des personnes plus âgées que lui. En fait, la juste maturité vient avec l’enseignement tiré des erreurs.
•    besoin de contrôle et de maîtrise pour masquer un vide intérieur.

 

En quête de sens

En quête de sens
En quête de sens

 En quête de sens » est un projet documentaire qui est né d’un constat partagé par un nombre croissant de citoyens : notre société occidentale est malade, prisonnière d’une logique qui engendre plus de destructions, d’injustices et de frustrations que d’équilibre et de bien être. L’impératif de rentabilité économique à court terme prend aujourd’hui le pas sur l’intérêt général en dépit du bon sens. La logique prédatrice qui s’impose comme la norme, assombrit notre avenir commun.

Pour sortir de cette impasse ce n’est pas de plus de savoir, de plus de technologie, ou de croissance dont les hommes ont besoin, mais de plus de recul, de bon sens, en un mot : de plus de sagesse.

Tissé autour de rencontres improbables, de doutes et de joies, ce film apporte un message d’espoir à ceux qui se sentent impuissants devant leur poste de télévision.
Le changement est en marche de par le monde. Il s’agit d’un changement de conscience, motivé par la nécessité et l’envie de vivre en harmonie avec soi-même, les autres et l’environnement.

http://enquetedesens-lefilm.com

L’enfant intérieur blessé

L'enfant intérieur blessé
Mallaury et Hervé KOPYTO

Notre voyage commence en explorant la conscience de notre enfant intérieur. C’est la base de la guérison, de rentrer chez soi. Notre innocence enfantine – notre confiance et notre spontanéité – avec laquelle nous sommes tous nés, a été occultée à cause des traumas que nous entretenons. Maintenant, ce que nous trouvons quand nous entrons dans notre vulnérabilité, c’est un noyau de peur – un monde de peurs profondes, de panique et même de terreur. Nous avons appris depuis tout petit à trouver des moyens pour compenser ces peurs profondes bien installées, afin de survivre, mais cela ne veut pas dire que ces peurs ont disparu. Au contraire, elles se sont installées plus profondément dans notre inconscient.

Notre enfant intérieur blessé a un mental qui a son propre fonctionnement et qui est complètement indépendant de celui de l’adulte qui compense. Il ou elle vit dans son propre monde, un monde basé sur les expériences et les souvenirs de ce passé lointain. Il ou elle est encore intensément vivant et influence très fortement le présent. Dans mon cas, pendant la plus grande partie de ma vie, il s’est manifesté inconsciemment, mais très puissamment. Je suis maintenant plus conscient de ce qu’il ressent, de pourquoi il fait ce qu’il fait, et de comment il fonctionne. Explorons le monde de cet enfant blessé.

Au fond de la conscience de l’enfant blessé se trouve la peur – une peur non reconnue, et pas acceptée. La peur elle-même n’est pas le problème. C’est notre manque de conscience et d’acceptation de cette peur qui crée les difficultés. On sabote notre créativité, notre estime de nous-même, et nos relations, parce que, caché dans notre inconscient, se trouve un enfant qui a perdu sa confiance en lui ou en elle, et dans les autres. Un enfant qui a profondément peur et qui a toujours souffert d’être privé d’amour. Cet enfant réagit à partir de cette peur, de cette privation, de ce manque d’amour, par de nombreux comportements différents, et inconscients. L’agitation, la précipitation avec laquelle la plupart d’entre nous mangeons, parlons, agissons et nous maintenons occupés, sont quelques-unes des attitudes que montre l’enfant paniqué.

Cela m’a demandé beaucoup de travail avant que l’enfant commence à ressentir, et à regarder avec ses propres yeux. J’ai dû affronter des montagnes de dénis et de protections. Quand j’ai finalement réussi, j’ai pu voir pourquoi j’avais caché tout cela derrière tellement de dénis. J’ai découvert un enfant paniqué, portant tellement de peur, que parfois je me demande comment j’y ai survécu.

Comment chacun de nous y survit. Mais je vois que je ne suis pas seul à avoir cette sorte de peur. Notre enfant intérieur blessé ne connaît aucune méditation, et n’a aucune distance par rapport à ses peurs. C’est juste que nous avons recouvert ces peurs par un système de protection inconscient qui a duré toute notre vie. Notre comportement, fait de dépendances, n’est rien d’autre qu’un effort pour tenir à distance la peur terrible que nous gardons à l’intérieur de nous, et ne rien ressentir.

Pendant des années et des années, j’ai masqué mes peurs et ma vulnérabilité par des compensations. J’étais engagé dans une course à la performance, essayant d’être le meilleur dans tout ce que je faisais ! Maintenant je peux voir que l’enfant intérieur paniqué revenait à la surface durant ces moments de stress et de pression.

Il réapparaissait quand je pensais que j’allais être en retard quelque part, quand j’avais peur de faire quelque chose de mal ou quand j’étais sous pression pour essayer de ‘bien’ faire. Naturellement, je pensais toujours que je n’avais rien à voir avec le fait d’être paniqué, que je n’avais aucune idée d’où cette panique pouvait venir, et j’essayais de réprimer mes peurs autant que je le pouvais (avec peu de succès). La peur n’était pas quelque chose dont on tenait compte dans les cercles que je fréquentais.

Qu’est-ce que la peur ?

Je peux voir maintenant que ces sortes de situations étaient juste le sommet de l’iceberg. Notre peur va beaucoup plus profond. Elle est intense. Nous avons des peurs profondes concernant notre survie – gagner assez d’argent, être capable d’être indépendant. Nous avons des peurs concernant un éventuel dysfonctionnement sexuel, être insuffisant, impuissant. Nous avons des peurs profondes d’être mal aimé, des peurs d’être rejeté, indésirable. Nous avons peur qu’on nous manque de respect, d’être injurié, ignoré, ridiculisé. Nous avons peur d’affronter quelqu’un, peur de ne pas savoir qui nous sommes. Nous avons des peurs concernant le fait de ne pas être capable de nous exprimer, d’être insignifiant… À un niveau, plus profond, il y a toujours les peurs du vide et de la mort qui sont probablement à la base de toutes les autres peurs.

Les peurs de notre être, et les peurs de notre enfant intérieur sont différentes. Les peurs de notre être concernent la mort et la dissolution, les peurs de notre enfant intérieur concernent plus notre participation à la vie de tous les jours. Nous travaillons sur les quatre peurs basiques de l’enfant intérieur, toutes ayant leur origine d’une façon ou d’une autre dans le trauma de nos premières années.

Les quatre grosses peurs de l’enfant intérieur blessé :

1. les peurs de pressions, et d’attentes,
2. les peurs de rejet et d’abandon,
3. les peurs de ne pas avoir son espace, d’être incompris ou ignoré,
4. les peurs de maltraitance physique ou énergétique, ou de violation.

J’ai découvert que lorsque j’explore la peur cachée derrière ma capacité d’ouverture et de confiance, j’en trouve toujours une de ces quatre.

Elles se manifestent dans tous les domaines de notre vie, notre sexualité, notre créativité, notre affirmation de soi, notre capacité à ressentir, et dans notre façon d’être en relation avec les partenaires amoureux, avec les amis, les relations diverses et les personnes détenant l’autorité. Mais au lieu de s’y arrêter et de les ressentir, nous avons l’habitude de nous en éloigner par tous les moyens. À bien des égards, beaucoup de façons de vivre des Occidentaux ne sont qu’une énorme compensation contre l’éventualité de ressentir cette peur. Nous évitons de nous occuper de la mort en nous entourant de tellement de sécurités et de luxe, que l’on n’a pas à ressentir notre vulnérabilité face à l’imprévu.

C’est dans notre culture, cela nous est transmis par nos parents, nos professeurs, nos leaders religieux, nos politiciens, toute personne que l’on admire.

Si on avait été élevé dans une atmosphère de grande confiance dans la vie, il est très probable que l’on n’aurait pas un tel enfant paniqué à l’intérieur de nous.

Je peux imaginer que si j’avais été élevé dans un environnement profondément spirituel et harmonieux où tout mon conditionnement aurait été nourri par une profonde connexion à l’existence et à la terre, j’aurais appris à ne pas avoir autant de peurs. Mais ce n’est pas ce que j’ai eu, et dans ce domaine, pas ce que la plupart d’entre nous ont connu.

Si nous voulons guérir, nous devons affronter nos peurs – toutes. Et la meilleure chose à faire est de commencer avec les peurs de l’enfant blessé.

Nos peurs sont cachées par le déni.

Pour affronter nos peurs nous devons les reconnaître ; nous devons admettre qu’elles sont bien là et regarder d’où elles viennent. Dans notre conditionnement il n’y a aucune place pour la peur – on nous a enseigné de cacher nos peurs. Notre culture ne nous encourage pas à être honnête en ce qui concerne nos peurs, pas plus qu’elle ne réalise combien la peur nous a été inculquée. De toute façon comment pourrait-on exprimer ce avec quoi on n’est même pas en contact ? On l’élimine par des mesures de protection, le déni et l’inconscience, cachant notre vulnérabilité sous un masque, car c’est ce dont on a besoin pour survivre. D’une façon ou d’une autre, on s’arrange, en prétendant que tout va bien. On apprend à se débrouiller. On reste hypnotisé par notre ‘débrouillardise’ sur ce sujet, sans reconnaître combien de peur on cache à l’intérieur de nous. Tant que nous sommes dans cette hypnose, on se trompe soi-même en croyant que c’est moins douloureux de nier la peur que de lui permettre de faire surface.

Notre peur nous entraîne dans de plus en plus d’isolement, et habituellement on ne le sait même pas. On s’isole parce que l’enfant intérieur vit dans la peur. Puisque nous sommes si souvent déconnectés de cet enfant effrayé, nous nous réfugions dans un mode de survie, où il y a peu ou pas du tout de relation intime.

Ce sont seulement ceux qui ont commencé à explorer leurs ressentis, et à faire un travail intérieur, qui découvrent qu’ils ont des peurs plus profondes bien cachées, à l’intérieur d’eux. En général, ce ne fut pas avant qu’on se sépare d’une personne que l’on a pu commencer à se connecter avec l’immensité de nos peurs intérieures.

Notre peur et notre vulnérabilité se tiennent juste sous la surface de notre mental conscient, toujours prêtes à se réveiller. Elles peuvent faire surface lorsqu’on s’autorise à devenir proche de quelqu’un, quand on doit prendre un risque, faire preuve de créativité, ou quand on prend le risque de s’exposer personnellement. Elles se montrent quand on fait quelque chose qui nous sort de la routine habituelle, qui nous sort de ce qui est sans danger, du connu. L’intimité est peut-être la plus fréquente occasion que nous avons d’affronter notre enfant paniqué et c’est pourquoi nous l’évitons.

Si nous vivons dans un cocon protecteur, ne libérant jamais notre énergie, ne prenant jamais de risques en terrain inconnu, inexploré, nous n’aurons jamais à affronter la terrible peur qui se tient cachée en nous. Mais alors nous sombrerons dans l’ennui, la frustration et la dépression. Cela demande une certaine clarté et de s’engager, pour sortir du déni, pour arrêter les addictions et ré-expérimenter cet espace.

D’où viennent les peurs ?

Quelques soient les traumatismes émotionnels, physiques, sexuels dont nous avons soufferts après cela, ils ne font que s’ajouter au trauma originel de la naissance. La carence affective et les mauvais traitements que nous expérimentons pendant notre enfance – le manque d’approbation, d’attention, d’amour, de respect et de soins, dont nous avons fait l’expérience d’une façon ou d’une autre – est clairement une autre source majeure de notre panique. Maintenant notre enfant intérieur s’attend toujours – en fait redoute – encore davantage de mauvais traitements, et d’abandons.

Nous avons un profond besoin d’être reconnu et que notre survie soit garantie, mais ces besoins n’ont pas été satisfaits et nous avons perdu confiance. Notre besoin d’amour, de protection, d’acceptation, de reconnaissance et d’approbation – qu’on nous donne des références et des directions – et les besoins de tendresse et d’amour inconditionnel, n’ont pas été satisfaits. Notre enfant intérieur blessé a eu peur de ne pas recevoir ce dont il avait absolument besoin. Les chocs subis par notre innocence et notre confiance se sont produits tellement tôt qu’il y a une peur basique que nous n’y survivions pas.

Malheureusement, en tant qu’enfant, on n’était pas en position de conclure : « Bien, je peux voir que maman et papa ont un réel problème dans ce domaine. Ils ne peuvent même pas s’entendre entre eux, et ils ne semblent pas être très intéressés par moi. Et d’abord ils n’auraient pas dû m’avoir. C’est évident que je n’obtiendrai pas ce dont j’ai besoin, ici, aussi je pense que ce que je devrais faire c’est tirer ma révérence et trouver une situation meilleure. » Plus que probablement, n’importe où ailleurs, ç’aurait été pareil ou pire !

Avec la base de carence affective que la plupart d’entre nous avons, entrer dans notre vulnérabilité maintenant peut entraîner une grande confusion, de la panique, de la peur, du jugement contre soi, un effondrement, et parfois une terreur totale. Pourquoi ? Parce que notre vulnérabilité et notre innocence ont été trahies.

Maintenant que j’ai acquis plus de compréhension au sujet de mon extrême vulnérabilité, qui a toujours été enfouie sous des tas d’efforts, je peux apprécier de mieux en mieux les raisons de ma panique. Je peux voir que la peur de l’échec, de la désapprobation, de ne pas remplir les attentes placées en moi par ma famille et ma culture, faisaient remonter de profondes peurs d’être abandonné ; et pour mon enfant intérieur de telles peurs ont dû être dévastatrices. La partie de moi la plus consciente ne s’investit plus dans la recherche permanente du succès qui fait partie de mon conditionnement et reconnaît que lorsqu’un partenaire me quitte ou menace de le faire, je peux rester serein. Mais mon enfant intérieur ne sait rien de tout cela. Il démarre toujours au quart de tour et est très impatient.

Et bien au-delà de toutes ces raisons psychologiques de notre panique se trouve la raison la plus simple et la plus puissante de toutes – la réalisation que nous allons mourir.
On est toujours face à l’insécurité, l’incertitude, et finalement à la mort qui est entre les mains de forces qui sont bien au-delà de ce que l’on peut contrôler. Peu importe le montant de nos assurances et nos systèmes de protection, rien ne peut nous protéger de cette peur. Et en profondeur, nous le savons. Sans une base d’acceptation et de méditation, tout ce que nous avons c’est de la peur, recouverte par des compensations. Du point de vue de l’enfant, vulnérabilité égale panique – la panique d’être abandonné et d’être détruit. C’est seulement le méditant intérieur qui est assez vaste et assez confiant pour tenir le coup face à la vulnérabilité, à l’insécurité et à l’imprévisibilité, parce que la méditation apporte de la compréhension et de la distance. Notre enfant, à l’intérieur, n’a pas ces qualités. On doit apporter ces qualités pour guérir l’enfant paniqué. On peut alors transformer cette vulnérabilité : de la panique aller vers l’acceptation. Mais d’abord, on doit commencer par reconnaître cette partie profondément anxieuse qui vit à l’intérieur de nous.

Le premier pas consiste à accepter la peur

La première guérison essentielle de notre co-dépendance et de notre enfant blessé vient quand nous pouvons reconnaître, accepter et donner de l’espace à cette panique. Habituellement nous ne faisons pas cela. Nous nous enfuyons de notre sentiment de peur :

1. En prétendant qu’il n’existe pas
2. En le repoussant par des compensations
3. En étant une victime, en devenant impatient, en colère contre l’existence ou contre toute personne proche de nous, pour avoir à ressentir cette peur et cette panique
4. En remettant à plus tard
5. En jugeant
6. En régressant inconsciemment et en essayant de trouver quelqu’un d’autre pour prendre soin de notre enfant paniqué.

Cela me demande encore beaucoup de courage pour permettre à ces sentiments de se manifester. Il y a une telle peur que je ne puisse pas y faire face, que je ne sois plus capable de gérer la situation, que je sois jugé faible et impuissant ou que la peur n’ait jamais de fin.

Quand elle arrive, même après tellement de temps consacré au travail sur l’enfant intérieur, mon mental rationnel ne comprend toujours pas pourquoi elle doit encore être là et il voudrait la voir disparaître ! J’ai peur de la ressentir, et peur de la partager. Je la juge encore, et je me condamne d’avoir de tels ressentis. Heureusement mon soi profond sait qu’il y a beaucoup plus à gagner en permettant à ces peurs d’être là, afin que tout ce processus continue à m’emmener dans ma profondeur et m’apporte un silence intérieur plus intense.

Il y a toujours une inquiétude, que si l’on admet l’existence de ces peurs elles nous dépassent et qu’elles dirigent notre vie. C’est pourquoi je m’échappe d’elles. Mais j’ai découvert qu’en entrant en elles, cela me rendait plus fort, et que j’acquérais davantage de respect de moi. Pour leur faire face, nous devons boucher les fuites – les façons que l’on a de s’enfuir. Certaines des plus grosse fuites viennent de nos stratégies et de nos attentes.