Parentification : l’enfant parent de ses parents

L'enfant parent de ses parents
Parentification : L’enfant parent de ses parents

Parentification définition

La parentification de l’enfant peut se définir comme le process interne à la vie familiale qui amène un enfant ou un adolescent à prendre des responsabilités plus importantes que ne le voudraint son âge et sa maturation et qui le conduit à devenir un parent pour ses parents.

La parentification n’est pas pathologique en soi. Dans de nombreuses circonstances, elle est tout a fait fonctionnelle et permet à l’enfant de s’identifier à une image du bon parent qu’il pourra devenir.

Par contre, si la parentification se poursuit sur une longue durée et surtout qu’elle n’est pas reconnue, elle peut devenir un véritable fardeau pour l’enfant qui n’a plus le temps de s’occuper de lui et de recevoir. En terme de donner et recevoir, l’enfant donnera plus que ne le voudraient son âge, ses compétences, ses besoins et ses désirs. Il est alors envahi par la culpabilité de ne pas réussir à devenir le bon parent dont ses parents ont besoin et de ne pas reste le bon enfant qu’il aurait aimé être dont les parents ont besoin.

Dès l’âge de 10 ans, je commençais à soutenir ma maman qui avait été touchée par un cancer du sein, une ablation qui lui a fait perdre sa vie sexuelle. Elle a ensuite perdu sa maman et a sombré dans la dépression, j’avais besoin de soutien mais c’est moi qui soutenait ma maman.

Le processus de parentification n’est pas limité aux relations parent-enfant. A la base de la formation d’un couple entre adultes, il y a toujours une part de parentification. Cela permet à chaque partenaire d’alterner les périodes de maturation et de régression, se soutenir l’autre dans des circonstances difficiles et de faire l’expérience du donner et recevoir dans une nouvelle situation.

Cette parentification est parfois un facteur de conflit et déséquilibre entre les deux partenaires quand l’un a l’impression de donner sans recevoir. Cela devient un élément favorisant la rupture ou, au contraire, une relation fusionnelle. Mais s’il n’y a ni rupture, ni fusion, un troisième partenaire est recruté pour favoriser l’équilibre relationnel. C’est le plus souvent l’enfant qui prend cette place de parent afin de maintenir l’unité familiale et tenter de reconstruire la confiance.

Dans ma vie toute ma vie d’adulte, j’ai soutenu le couple parental dans les problèmes psychologiques et financiers, je me sentais investi d’une mission de protection jusqu’au suicide de ma maman, j’ai pu sauver mon papa de l’alcoolisme mais pas de la mort psychique, il vit maintenant paisiblement en maison de retraite. Je comprends mieux ma sensibilité envers les personnes qui souffrent, en effet je la ressens par contre j’évite le soin compulsif maintenant.

Le rôle du soignant : cette attitude existe fréquemment dans la relation conjugale sous la forme de la parentification d’un des conjoints mais elle peut aussi toucher des enfants dont l’un des parents ou les deux réclament des soins. Il peut s’agir d’un enfant  essayant d’égayer une mère dépressive ou gérant le quotidien d’un parent psychotique en lui distribuant des médicaments ou en l’accompagnant au rendez-vous chez le psychiatre : enfant-thérapeute ou enfant hypermature.

Le rôle de sacrifice ou de bouc émissaire : en renonçant à son autonomie, l’enfant adopte un rôle de victime ou de délinquant afin de réunir la famille. Un parent qui se sacrifie sur le mode du martyr, la mère le plus souvent, montre qu’elle représente un contrôle efficacement la famille.

Le rôle neutre : c’est le cas d’un bon enfant qui ne réclame rien, mais qui, derrière cette façade de santé peut se débattre dans des sentiments de vide, d’épuisement émotionnel et dépressif. Là aussi, l’enfant semble privé de son enfance.

Exemples de parentification :

  • Mes parents me confient des secrets intimes
  • Ma mère ou mon père partage avec moi ses problèmes personnels comme si j’étais un adulte.
  • Je restaure la paix dans les conflits entre mes parents.
  • Je console l’un de mes parents quand il est déprimé.
  • Je leur fournis le réconfort et la sécurité affective.
  • Je décide de l’heure de leur coucher, même si nos parents sont présents.
  • Je prépare les repas pour la famille, je fais la lessive etc …

En s’appuyant sur les célèbres travaux de Bowlby sur l’attachement, M. L. West et A. Keller ont étudiés les relations entre un passé de parentification et la tendance compulsive à prendre soin de l’autre chez l’adulte. La parentification fournit à l’enfant, et ultérieurement à l’adulte, qui a subi un lien d’attachement non sécurisant un moyen efficace de rester à proximité d’un bon parent. La tendance compulsive à prendre soin de l’autre peut ainsi être considéré comme une évolution de l’âge adulte de la parentification.

Jurkovic souligne la nature insidieuse de la parentification de l’enfant qui expérimente pouvoir et grandiosité en devenant le parent de ses parents ou l’époux d’un de ses parents.

Annie Garrigues et Le Goff ont mis en relation la parentification et le droit de donner de l’enfant. La capacité de sollicitude de l’enfant peut être décrite comme un droit. L’absence de reconnaissance de ce droit diminue les possibilités de construire la confiance et favorise la parentification. L’enfant est mystifié sur ce qu’il peut ou doit donner à ses parents. Il est envahi par la culpabilité. La confiance est une qualité relationnelle essentielle entre parent et enfant; elle construit au travers de la recherche difficile de l’équité du donner et recevoir et par la reconnaissance de ce que donne l’enfant. L’atteinte de cette confiance ou son exploitation dans la parentification ont toujours des conséquences graves pour l’enfant. Par contre, si les parents reconnaissent ce que donne l’enfant la parentification est moins destructive.

Les couples qui se parentifient dans des tentatives de compenser des pertes précoces et des besoins non satisfaits dans une enfance où ils étaient parentifiés par leurs parents. Ces relations peuvent être considérées comme de véritables relations d’addiction à l’autre; elles permettent à la fois d’éviter et de revivre symboliquement les déceptions vécues de l’enfance en produisant des cycles d’engagement et désengagement dans la relation de couple fusionnel.

Johns et Wells avancent l’hypothèse que les enfants peuvent être parentifiésselon deux styles différents : dans un style masochiste en étant  ceux qui doivent directement gratifier les besoins de soins physiques ou affectifs des parents, ou dans un style narcissique en étant induits à réaliser les projections de l’idéal de moi parental.

L’enfant d’alcoolique a été décrit comme un enfant chargé de responsabilité et contraint de se conduire de manière plus adulte que son parent alcoolique.

Dans un famille avec un problème d’alcool ou de drogue, l’absence d’un adulte important, habituellement le père, entraine l’un des enfants à assumer des responsabilités parentales. La parentification peut se développer dans deux directions : l’enfant est considéré comme un sauveteur, soit comme un rebelle.

Dans ma vie, je suis passé du sauveteur au rebelle, j’en prends maintenant conscience et cela change tout de s’en rendre compte, je suis connecté à moi-même.

Quand un enfant offre une aide à ses parents, ceux-ci ne reconnaissent pas forcément ce qu’il fait pour eux. L’enfant se heurte à leur déni. Alors son comportement peut prendre l’aspect de symptômes venant à postériori à justifier ce déni.

De nombreuses études mère-enfant montrent que l’enfant qui se trouve confronté à l’indifférence, au mépris ou au refus de recevoir ce qu’il essayait de donner, réagit par un état de micro dépression ou construit un attachement évitant. Cela représente pour l’enfant une expérience traumatique dont la répétition constitue une atteinte à la construction de son Self. L’empiètement de l’environnement est l’équivalent d’un traumatisme pour l’enfant qui l’amène à se défendre en retournant à l’isolement et en construisant un faux self.

Je me souviens d’un regard admiratif qui est devenu évitant …

Le soi reçoit et donne. Il a besoin d’un autre qui donne et reçoive. Plus l’autre est incapable de recevoir, plus le soi a besoin de détruire. Plus le soi détruit et le il se vide. Plus il se vide et plus il est envieux, plus il est destructeur. Finalement, il  perdu à la fois le sens de sa capacité à donner et celui de la capacité qu’à l’autre de recevoir.

La personne traité injustement ne perd pas pour autant sa légitimité mais celle-ci prend un caractère destructeur. Le fait d’avoir été traité injustement donne un droit à la réparation en l’absence d’une compensation de la part de celui qui a causé le dommage, ce droit peut être utilisé de manière destructive dans un autre contexte et dans d’autres relations au risque d’y transposer l’injustice et de l’accentuer.

La personne parentifiée désire recréer en l’idéalisant la relation passé avec l’un des parents. Le plus souvent, il s’agit de compenser le manque de relation ou l’absence de confiance avec celle-ci. Cela s’articule avec le besoin de possession et de fusion réparatrice de la perte de la personne aimée.

Ma vie, je l’ai passé à rêver et à idéaliser, toujours à la recherche de possession, de passion et de fusion ! Maintenant, je profite réellement de la vie et du moment présent.

En réaction à la perte ou au risque de perte se préoccupent intensément et exagérément du bien-être d’autres personnes. Au lieu  de ressentir de la tristesse et d’accueillir un réconfort pour eux-mêmes, ils proclament que c’est quelqu’un d’autre qui est dans la détresse et nécessite les soins qu’ils s’empressent de prodiguer.

Bowlby nomme cette attitude la tendance à soigner compulsivement. Elle se développe chez des personnes qui avaient été amenées dans leur enfance à se sentir responsables de la prise en charges de leurs parents.

Les périodes de tension où un enfant est utilisé comme outsider favorisent sa parentification. L’anxiété non résolue dans le couple est réfléchie sur l’enfant qui se retrouve ainsi triangulé.

La perspective systématique se base sur trois hypothèses principales la participation déniée à un triangle, le sacrifice pour maintenir l’unité de la famille et les projections parentales de l’enfant.

L’obligation de prendre soin de l’autre est en rapport avec la dette d’avoir reçu des soins de l’autre. La dette qui indique une direction prioritaire à la loyauté n’est pas un simple sentiment culpabilisant de dette mais une dette existentielle du d’être ou d’avoir été dépendant des autres et cela indépendamnent de la compréhension qu’il y ait ou non dette, et des compétences ou des capacités pour l’honorer.

Les conflits interpersonnels les plus puissants sont liés à l’appréciation de l’équité du donner et recevoir. L’un pense ne pas recevoir alors l’autre se sent épuisé de trop donner sans reconnaissance. Chacun se sent lésé et attend les réparateurs de l’autre. Cette attente s’exprime par la distance ou au contraire par des demandes incessantes et la fusion.

Par exemple, la personnalité d’un parent peut constituer une source de difficultés. Ce parent ayant été privé de soins par ses propres parents tentera peut-être d’obtenir ailleurs ce qu’il n’a pas reçu. Il voudra recevoir, donnera peu et sera sensible aux efforts de ceux qui lui donnent. Ce se traduira des projections et des dénis.

Les parents qui n’ont pas reçu de soutien de la part de leurs propres parents vont se tourner vers leur enfant pour y puiser la sécurité et soigner leur blessure narcissique. L’enfant donne beaucoup mais cela est souvent insuffisant pour suturer les blessures anciennes et profondes des adultes et leur manque de réconciliation avec leur propre enfant.

Dans la parentification, l’enfant est envahi de culpabilité : culpabilité de mal faire, culpabilité de ne pas être à la hauteur, culpabilité de n’être pas le bon enfant. Cette culpabilité, associé à la honte, renforce l’esprit destructeur de la parentification.

L’enfant parentifié

L’adulte parentifiant peut apparaitre plus malade et souffrant que l’enfant parentifié, mais, en dépit des apparences, le fardeau le plus lourd est celui de l’enfant car c’est lui qui ne reçoit pas l’aide de l’autre, c’est lui qui est solidaire sans bénéficier de la solidarité de l’autre, c’est qui subit l’injustice, qui perd sa confiance d’enfant et perd aussi des possibilités de validation et définition de soi.

Maria fait le lien entre sa situation d’enfant parentifié, ses difficultés à s’intéresser aux garçons de son âge et sa préférence pour des hommes plus agés. Ce sont tous des amants potentiels de ma mère, dit-elle, mais comme c’est avec qu’ils ont des relations, je la protège d’être déloyale à mon père !

Certains enfats confrontés à des situations dramatiques donnent l’impression de ne pas être vulnérables et de s’en sortir relativement bien : ce sont des enfants dits résilients.

Une personne qui présente une aménésie à propos de son enfance, est souvent un ancien enfant parentifié fortement culpabilisé de parentifier ses propres enfants par la suite.

2 axes : relation codépendante – désinvestissement affectif

Le relation de codépendance : la devenue adulte apparait aux yeux de son partenaire comme un enfant toujours inquiet d’être abandonné, critiqué, blâmé ou comme un parent toujours prêt à exiger et blâmer. Cette attitude est basée sur une peur de l’abandon qui entraîne une relation autoritaire et fusionnelle où l’autre est accusé de ne pas donner.

Le désinvestisement affectif : la parentification peut entraîner un désinvestisement affectif comme si la personne épuisée d’avoir donné ou ayant trop donné n’a plus rien à donner. Elle se met à distance, refuse de s’impliquer dans des situations où donner est important pour soi et l’autre; elle apparait en proie à une dépression chronique pouvant se présenter sous des formes somatiques. En fait, cette attitude, toujours en rapport avec l’expérience de la non reconnaissance, conduit à la méfiance et à la baisse de l’estime de soi.

L’anxiété et les craintes parentales encouragent l’enfant dans un rôle de soignant. La famille donne l’impression d’être unie, mais dès que l’enfant ébauche un mouvement vers l’indépendance, souvent au début de l’adolescence, les craintes de perte et d’abandon sont réactivées,  entraînant sa mise en accusation. L’enfant se trouve coincé dans une loyauté à ne pas grandir.

Ces enfants finissent par croire qu’ils ne sont pas dignes de confiance et par intérioriser la méfiance comme organisateur des relations. Grandir sans avoir reçu de reconnaissance dans un univers où règnent l’abus et la méfiance est une profonde injustice.

Parentification et loyautés

Premièrement, ce que nous éprouvons est simplement ce que nous connaissons le mieux et que nous supposons être universel. Un homme qui a eu une mère dépressive apprend inconsiemment à associer féminité et dépression. De la même manière, une femme qui été maltraitée par son père dans l’enfance croit souvent qu’elle mérite cet abus. Si personne n’est condamné à reproduire le passé, il y a cependant de grands risques de la faire en l’absence d’aide.

Deuxièmement ce que nous répétons représente un effort pour maitriser nos expériences d’enfant. L’homme qui a eu une mère dépressive, s’est engagé à soigner, sans pouvoir, bien sûr, la guérir. Il peut croire qu’il y arrivera avec sa fiancée. La femme qui a un père abusif peut ressentir les même choses à propos de son ami abusif, si seulement je pouvais obtenir de cet homme violent qu’il m’aime ! Il s’agit d’une tentative de maitriser la situation quand, enfant, elle ne pouvait pas de protéger de son père.

Tiré du livre : l’enfant parent de ses parents Jean-François LE GOFF

3 réflexions au sujet de « Parentification : l’enfant parent de ses parents »

  1. Merci pour toutes ces infos, voici une bonne lecture. J’ai appris différentes choses en vous lisant, merci à vous. Fabienne Huillet

  2. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo !

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